Orientation: Je me suis trompé de filière, que faire?


Changer de voie après une erreur d’orientation, est-ce possible? «Oui», répond Fatima Zahra Alami, doyenne de la Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales Aïn Chock, relevant de l’Université Hassan II de Casablanca. Cette possibilité est précisément au cœur de la réforme mise en place par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. «La nouvelle architecture pédagogique repose sur un système plus souple, conçu pour permettre à l’étudiant, à différentes étapes de son parcours, après une ou plusieurs années de formation ou après la capitalisation d’un nombre déterminé de crédits, de se réorienter ou de changer de parcours», poursuit cette professionnelle.
L’objectif est de donner à l’étudiant la possibilité de rejoindre une formation davantage en adéquation avec son profil, ses aptitudes, ses centres d’intérêt et son projet professionnel. «Cette réorientation demeure naturellement soumise aux conditions pédagogiques et réglementaires, aux prérequis exigés ainsi qu’aux capacités d’accueil des établissements», tient-elle à préciser.
Une première année qui ne correspond pas aux attentes de l’étudiant ne doit donc pas être considérée comme un échec définitif. Elle peut, au contraire, lui permettre de mieux se connaître et d’affiner son projet. L’essentiel est d’agir rapidement, de solliciter les services d’orientation de l’établissement et d’examiner les passerelles disponibles.
D’abord, dédramatiser les choses!
Un avis partagé par Abdelhak Sahib Eddine, DG de l’École nationale de commerce et de gestion (ENCG) d’El Jadida. «Je crois qu’il faut commencer par dédramatiser les choses. Une erreur d’orientation n’a rien d’exceptionnel et ne doit surtout pas être vécue comme un échec. Beaucoup de jeunes arrivent à l’université et ne savent pas trop ce qu’est une filière. Ce n’est qu’après quelques mois qu’ils découvrent réellement les modules, les contenus, le rythme de travail ou les débouchés», indique-t-il.
La réorientation, poursuit ce professeur, existe justement pour permettre de corriger ce type de situation. «Bien sûr, elle n’est pas automatique et les possibilités dépendent de la formation, de l’établissement et des places disponibles. Une réorientation vers une filière proche est généralement plus simple qu’un changement vers une formation très sélective», insiste-t-il.
Quand faut-il recommencer à zéro?
Une reprise à zéro d’un nouveau cursus peut être nécessaire lorsque la nouvelle formation est très éloignée de la précédente, lorsqu’elle exige des prérequis spécifiques non acquis, ou lorsqu’elle relève d’un accès sélectif. Le passage d’une filière littéraire à une formation fortement scientifique, technique ou professionnelle peut ainsi nécessiter de reprendre les enseignements disciplinaires dès la première année.
«Toutefois, cela ne signifie pas que tout ce qui a été acquis est perdu. L’étudiant maîtrise déjà la méthodologie du travail universitaire, possède davantage d’autonomie et connaît mieux son projet. Lorsque les règles pédagogiques et la correspondance des contenus le permettent, il peut également capitaliser sur certains modules, même si la nouvelle filière est totalement différente», explique Fatima Zahra Alami. Il peut s’agir, par exemple, de modules transversaux portant sur les soft skills, les langues, la communication, les compétences numériques ou la méthodologie universitaire. Ces acquis peuvent alors être reconnus selon les modalités prévues par l’établissement. Ainsi, l’étudiant reprend le nouveau parcours depuis le début, tout en pouvant conserver certains acquis transversaux lorsque la possibilité s’y prête.
Se réorienter sans perdre ses acquis
Le nouveau système d’enseignement offre davantage de flexibilité et permet à l’étudiant de capitaliser sur ses acquis de formation, notamment grâce au système des crédits. «L’étudiant dispose d’une sorte de «valise pédagogique», constituée de l’ensemble des modules et des crédits qu’il a validés. Il peut conserver ces acquis, les mobiliser dans la construction d’un nouveau parcours et s’appuyer sur eux pour se réorienter ou changer de filière. Dans certains cas, leur reconnaissance peut même intervenir de manière automatique», rassure la doyenne de la Faculté des Sciences Juridiques, Économiques et Sociales d’Aïn Chock.
Cette reconnaissance n’est cependant pas systématique. Elle dépend principalement de la proximité entre la formation initiale et la nouvelle filière, de la correspondance des contenus, du niveau des modules, des compétences acquises ainsi que des règles pédagogiques applicables. Lorsque les modules validés correspondent à ceux du nouveau cursus, ils peuvent être reconnus et conservés. «Dans les autres situations, une étude du dossier pédagogique et une décision de l’établissement d’accueil restent nécessaires», prévient la doyenne.
Oui c’est possible de changer de filière, mais…
Selon Fatima Zahra Alami, «la réorientation offre généralement davantage de flexibilité lorsqu’elle s’effectue au sein d’une même famille disciplinaire ,ou entre des filières partageant un socle commun». C’est notamment le cas entre des parcours relevant de l’économie, de la gestion, de la finance ou du contrôle de gestion. Ces formations comportent souvent des enseignements et des compétences transversales comparables, ce qui facilite la reconnaissance des modules validés et la capitalisation des crédits.
De manière générale, plus les contenus, les compétences et les prérequis sont proches, plus les passerelles sont accessibles et plus la conservation des acquis est envisageable. Cette logique peut également s’appliquer entre certaines filières juridiques ou entre des parcours scientifiques voisins.
Khadija SKALLI





