La formation marocaine d’ingénieurs gagne en renommée à l’international
- Des parcours réputés «exigeants» et «scientifiquement poussés»
- Des classes prépas également valorisées
Étudiante ingénieure française, Inès Bertrand a effectué un échange académique à l’École Hassania des travaux publics (EHTP) à Casablanca. Selon elle, les formations scientifiques marocaines bénéficient aujourd’hui d’une réelle crédibilité.

«C’est reconnu dans le milieu de l’ingénierie française que les écoles marocaines sont très poussées scientifiquement», affirme-t-elle.
Lors d’un récent entretien d’embauche en France, son passage dans une école marocaine a même été identifié comme un atout par un recruteur. «Il savait que les études d’ingénieur au Maroc étaient exigeantes».
Pour l’étudiante française, cette réputation contribue aussi à expliquer pourquoi les ingénieurs marocains restent particulièrement recherchés à l’étranger, notamment dans les secteurs confrontés à une pénurie de profils qualifiés. Elle évoque notamment certaines entreprises en France qui recrutent désormais directement au Maroc. «L’entreprise où travaille ma mère, dans le Loiret, à Briare, vient chercher des ingénieurs directement au Maroc». Inès Bertrand affirme que les recruteurs français connaissent de mieux en mieux certaines écoles marocaines, mais aussi le niveau scientifique des classes préparatoires du royaume.
Elle estime également que les parcours internationaux deviennent de plus en plus valorisés sur le marché de l’emploi.
Des départs qui divisent
Cette ouverture vers l’international ne fait toutefois pas l’unanimité dans le monde académique marocain. Pour Benameur Badreddine, ancien directeur de l’INPT puis de l’ENSEM, les écoles d’ingénieurs marocaines restent partagées sur la question du départ des meilleurs étudiants à l’étranger. «A l’Ensem, certains professeurs considèrent que le départ des meilleurs étudiants affaiblit le niveau de l’enseignement. Je ne partage pas cet avis».
Une reconnaissance au-delà du Royaume
Lors d’une intervention à Nairobi en mai 2026, Emmanuel Macron a salué les performances du système éducatif marocain, évoquant une «révolution incroyable» et un «modèle extraordinaire pour l’Afrique», notamment au regard des résultats des étudiants marocains dans les grandes écoles françaises. Une reconnaissance symbolique d’un changement plus profond: longtemps perçu comme un pays qui formait ses ingénieurs pour l’étranger, le Maroc cherche désormais à devenir un espace capable de les faire circuler, revenir, investir et parfois rester.
La mobilité étudiante comme ingrédient majeur
de compétitivité des écoles

À l’INPT, la mobilité internationale était fortement encouragée, avec près d’une centaine de départs chaque année vers des universités étrangères, selon Badreddine Benameur. Pour l’expert en pédagogie, cette politique a renforcé l’attractivité de l’établissement auprès des meilleurs étudiants des classes préparatoires.
À l’inverse, d’autres écoles restent plus réticentes à ces mobilités, par crainte de voir partir leurs meilleurs profils. D’après Benameur, cette différence se reflète directement dans l’attractivité des établissements. Il cite notamment les résultats du concours CNC: le dernier admis à l’INPT se situe autour du rang 840, contre 2.258 pour l’ENSEM, sur un total de 2.765 admis. L’expert en pédagogie rappelle que l’ouverture internationale est devenue un facteur majeur de compétitivité pour les écoles marocaines d’ingénieurs.
Dans ce contexte, la mobilité internationale apparaît de moins en moins comme une perte sèche pour le Maroc, et davantage comme un outil de visibilité et d’attractivité pour ses formations scientifiques.
Isilde LE CORRE
(journaliste stagiaire)




