Secteurs d’avenir: Vers quelles spécialités devraient se tourner les ingénieurs?
Alors que l’IA prend une place de plus en plus importante dans notre quotidien, avec toutes les opportunités et les risques qu’elle engendre, quelles sont les spécialisations vers lesquelles les étudiants en ingénierie devraient se diriger? Cap sur les spécialités qui feront la différence à l’avenir.
■ Intelligence artificielle appliquée: A distinguer de l’IA en général, «qui devient une compétence commune», selon Mohammed El Rhabi, DG de l’École marocaine des sciences de l’ingénieur (Emsi). L’IA appliquée consiste à utiliser les technologies d’IA pour résoudre des problèmes concrets dans le monde réel.
«C’est celle qui fait baisser un coût de maintenance, qui aide un radiologue, ou fluidifie une chaîne logistique. La valeur n’est jamais dans l’algorithme seul; elle naît du contact entre l’algorithme et un problème réel», ajoute Mohammed El Rhabi. Les ingénieurs en IA appliquée ne sont pas chargés de concevoir des IA de A à Z mais d’intégrer des modèles déjà existants à une entreprise, en fonction de ses besoins.
■ Cybersécurité: C’est un des enjeux clefs des années à venir. «Plus nos systèmes sont intelligents, plus ils deviennent attaquables», certifie Mohammed El Rhabi. Les entreprises investissent en masse dans les systèmes d’IA: agents d’IA, systèmes de décision automatisés, cloud interconnectés… Si cela améliore leur efficacité, cela les rend aussi plus vulnérables au piratage et au vol de données. Les cyberattaques se multiplient, y compris celles visant des données sensibles ou des services essentiels, comme les hôpitaux. En octobre 2025, les organisations du monde entier ont fait face à une moyenne de 1.938 actes de malveillance numérique par semaine, soit une hausse de 5% sur un an, d’après le rapport annuel de Check point research, relevant de l’expert international de cybersécurité, Check Point Software Technologies.
Concernant spécifiquement les services de santé, les attaques informatiques ont augmenté de 32% en 2024. Le rôle des ingénieurs en sécurité web est d’assurer la protection des SI. Il leur revient de prévenir les intrusions de pirates, en cherchant notamment les failles éventuelles qui pourraient être exploitées sur l’architecture réseau d’une entreprise.
■ Gestion des données: Au vu de la multiplication des données générées en masse chaque jour par les réseaux sociaux, entreprises, cookies internet et autres appareils connectés, les big data, ou données massives «seront de plus en plus volumineuses et compliquées à traiter», avance Nicolas Cheimanoff. Une aubaine pour les futurs ingénieurs qui souhaiteraient se spécialiser dans leur traitement puisque la demande est grande du côté des entreprises. La collecte et l’analyse des données leur sont essentielles: cela leur permet d’optimiser leurs processus, d’avoir une meilleure compréhension de leurs clients et de prendre des décisions plus éclairées, à partir d’informations précises. Les ingénieurs en gestion de big data conçoivent et gèrent les infrastructures informatiques de collecte, de stockage et de valorisation des données. S’ils n’analysent pas forcément directement les données, rôle généralement réservé aux data scientists, ils sont chargés de créer des plateformes nécessaires à ce traitement massif, de manière sécurisée et efficace.
■ Industrie 4.0: La quatrième révolution industrielle consiste à intégrer des technologies numériques intelligentes dans les processus industriels de production. Pour faire simple: c’est une usine connectée et intelligente. Les machines, les ordinateurs et les produits communiquent en temps réel pour adapter la production. Cela permet d’améliorer la productivité et la flexibilité de la chaîne de production tout en réduisant le gaspillage et en anticipant les pannes et défaillances. «Ce n’est plus un slogan mais une transformation très concrète pour qui sait marier capteurs, données et décision», affirme Mohammed El Rhabi. Les ingénieurs industriels 4.0 au centre de l’orchestration de cette mutation numérique des usines. Ils doivent maîtriser plusieurs innovations, principalement l’internet des objets, l’IA, les big data, la robotique, l’automatisation, mais aussi posséder de bonnes capacités de gestion et d’organisation.
Les énergies renouvelables
Les enjeux environnementaux se font de plus en plus pressants et les solutions de plus en plus complexes. Comment allier développement industriel, numérique et durable? La solution se trouve en partie dans la transition énergétique, et les ingénieurs en énergies renouvelables sont au cœur de ces changements.
«C’est l’une des bonnes nouvelles de notre époque: nos étudiants ne veulent plus seulement un métier; ils veulent que ce métier serve à quelque chose. Le climat, les ressources, la sobriété…, sont devenus des sujets familiers, presque intimes pour une partie de cette génération», se réjouit le directeur de l’Emsi. Il poursuit cependant: «La générosité ne suffit pas. Le développement durable n’est pas un discours, c’est une discipline. Le secteur est, sans hésitation, prometteur. Encore faut-il y entrer avec des outils, pas seulement avec des convictions».
Concrètement, les ingénieurs en énergies renouvelables mettent leur expertise au service de l’environnement en développant des systèmes d’énergies plus propres et durables (éolien, solaire, géothermique, hydraulique…).
Ils appliquent les principes d’ingénierie pour optimiser l’efficacité énergétique, concevoir des systèmes énergétiquement économes et s’assurer de leur conformité environnementale.
Ils contribuent ainsi à réduire l’empreinte carbone d’une entreprise ou d’une industrie pour atteindre les objectifs de durabilité. Nicolas Cheimanoff, directeur de l’Emines, une école d’ingénieurs relevant de l’université Mohammed VI Polytechnique, prévient: «Cela reste un secteur dans lequel on ne trouve pas beaucoup d’emplois directs au Maroc. Ainsi, cela correspond plus à un investissement que les élèves font pour leur futur».
Eléana CHOUZENOUX-PIRIS
(journaliste stagiaire)
Les enjeux environnementaux se font de plus en plus pressants et les solutions de plus en plus complexes. Comment allier développement industriel, numérique et durable? La solution se trouve en partie dans la transition énergétique, et les ingénieurs en énergies renouvelables sont au cœur de ces changements.



