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Secteurs les plus demandeurs en ingénieurs: Automobile et aéronautique caracolent en tête

Porté par des projets structurants de grande envergure, le Maroc est devenu ces dernières années le hub africain par excellence. Une phase de grands investissements stratégiques qui a fait évoluer significativement son modèle et compte aujourd’hui sur davantage d’industrie, plus de technologie et d’infrastructures modernes. Cela a permis à l’ingénierie de devenir une pièce indispensable du système, et de créer une forte demande, notamment dans les secteurs clés de l’automobile et du digital.

■ Textile: Des besoins grandissants pour une industrie plus «smart»

Autre secteur particulièrement demandeur à l’échelle nationale, le textile s’est progressivement détaché de son image de secteur de la survie à bas coût. «La modernisation est en marche, et les besoins en ingénieurs qualifiés sont réels – et appelés à croître significativement», explique à ce sujet la Responsable centre de carrières de l’ESITH et de l’incubateur ESITH Crea Factory, Kawtar Iraqi Housseini.
«Les entreprises textiles qui investissent dans les textiles intelligents et la Smart Factory ont besoin de profils d’ingénieurs qu’elles ne trouvent pas encore facilement sur le marché», ajoute la responsable. Selon l’experte, les entreprises qui franchissent le cap de l’Industrie 4.0 se retrouvent face à un vide réel: elles ont besoin d’ingénieurs capables de gérer à la fois la donnée, les machines connectées et les processus de production. «Ce profil-là est encore rare», insiste-t-elle.


■ Automobile et aéronautique: Cap sur la mobilité électrique!

Ph. L’Economiste
Kawtar Iraqi Housseini, responsable centre de carrières de l’ESITH et de l’incubateur ESITH Crea Factory: «Les profils les plus sollicités en 2026 convergent autour de quelques grandes familles: l’ingénieur génie industriel orienté excellence opérationnelle, l’ingénieur supply chain et la logistique globale, l’ingénieur en gestion des données et SI industriels, et les profils HSE capables d’intégrer les exigences RSE dans les cahiers des charges industriels» (Ph. KIH)

Comptant parmi les secteurs en ingénierie les plus demandés, l’industrie automobile marocaine est l’une des plus dynamiques à l’international, et la demande en profils qualifiés dépasse largement l’offre disponible. A côté, l’aéronautique monte significativement en puissance.
«Le chiffre donné par le ministre de l’industrie résume bien la situation: le Maroc devait initialement former 100.000 ingénieurs, cadres moyens et techniciens supérieurs pour ces secteurs. Or, le pays ne forme que quelque 11.000 nouveaux ingénieurs par an – et plus de la moitié des entreprises industrielles estiment déjà que les établissements de formation ne produisent pas suffisamment de candidats pour leurs postes vacants», confie la Responsable centre de carrières de l’ESITH et de l’incubateur ESITH Crea Factory Kawtar Iraqi Housseini. «Nous sommes structurellement en tension, et ça se ressent sur le terrain», complète-t-elle avec insistance. Mais l’automobile recrute également pour des raisons qui dépassent le simple effet de croissance. «Le secteur bascule vers la mobilité électrique, la traçabilité RSE, et des standards de qualité de plus en plus exigeants imposés par les donneurs d’ordres européens», souligne à ce propos Housseini. Pour Mehdi Sebti, directeur d’Arts et Métiers campus de Rabat, les deux secteurs franchissent dans ce sens un «cap vers la décarbonation et la mobilité électrique».

Des salaires qui augmentent avec la rareté des talents

Les ingénieurs font partis des salariés les plus confortablement payés. Dans le secteur automobile, les ingénieurs en début de carrière touchent en moyenne entre 12.000 et 25.000 DH. «Un ingénieur débutant issu d’une grande école tourne autour de 10.000 DH par mois, avec une progression vers 15.000 à 20.000 DH après cinq ans d’expérience», confie la Responsable centre de carrières de l’ESITH et de l’incubateur ESITH Crea Factory Kawtar Iraqi Housseini.
«L’aéronautique et la logistique industrielle se positionnent dans les mêmes fourchettes hautes, tirées par la rareté des profils et par les standards imposés par les multinationales installées au Maroc», renchérit la responsable. «Il faut préciser qu’un salaire élevé dépend avant tout de l’opportunité, de l’expérience mais, aussi, de la rareté de la spécialité. Plus l’impact est bénéfique pour le business, plus son salaire est élevé», tient par ailleurs, à préciser le directeur de l’IGA, Mohamed Zaoudi.

■ Energies renouvelables: Forte demande dans le solaire et l’hydrogène vert

La transition énergétique du Royaume, plaçant notamment le Maroc leader en Afrique à travers des projets stratégiques tels que la centrale solaire Noor de Ouarzazate, crée en importante demande en ingénieurs et techniciens dans le solaire, l’éolien, l’hydrogène vert ainsi que l’efficacité énergétique. Ces secteurs sont portés par des projets structurants dont, notamment, la transition énergétique dont l’objectif fixé consiste à atteindre 52% d’énergies renouvelables d’ici 2030.


■ Informatique: Accompagner une transformation digitale toujours en marche

Comptant parmi les filières les plus porteuses, le génie informatique et le digital, poussé par la digitalisation des entreprises, la cybersécurité, le cloud computing et l’intelligence artificielle, recrute aussi.
Le Maroc investit en effet massivement dans les technologies numériques depuis plusieurs années, notamment à travers des stratégies nationales telles que «Maroc Digital 2030». Les ingénieurs en data science, développement logiciel et cybersécurité sont dans ce sens particulièrement recherchés. «Aujourd’hui, tous les secteurs ont été impactés par la transformation digitale, que ça soit les banques, les assurances, les administrations, l’industrie ainsi que d’autres secteurs qui se livrent à une véritable course contre la montre pour pouvoir s’aligner sur les exigences et les contraintes du marché. Sans oublier l’arrivée en masse des plus grandes multinationales ces dernières années, qui a dupliqué les besoins en ingénieurs», souligne le directeur de l’IGA Mohammed Zaoudi.
«A l’heure actuelle, le numérique et l’intelligence artificielle irriguent désormais toutes les filières», tient à compléter Mehdi Sebti. Face à la hausse des cyberattaques, la sécurité informatique devient par ailleurs une priorité nationale.
Les entreprises recrutent ainsi des experts capables de protéger leurs systèmes d’information. Les cursus en sécurité informatique, réseaux et cloud explosent.


■ Génie civil et BTP: Une dynamique boostée par le cycle d’investissement infrastructurel

Le BTP et le Génie civil montent aussi sensiblement en puissance ces dernières années. Une dynamique confirmée par les chiffres du HCP de 2025. «Le secteur du BTP a créé 64.000 postes nets par an – un niveau qu’on n’avait pas observé depuis plusieurs années», révèle à ce sujet la Responsable centre de carrières de l’ESITH et de l’incubateur ESITH Crea Factory Kawtar Iraqi Housseini. Selon la responsable, c’est le cycle d’investissement infrastructurel du Royaume qui tire la demande vers le haut intégrant, entre autre, les importants chantiers liés à la Coupe du monde 2030 ou, encore, le dessalement. «Le BTP bénéficie d’investissements massifs en infrastructures», confirme à ce propos le directeur d’Arts et Métiers campus de Rabat Mehdi Sebti.

Les profils «hybrides» plus recherchés

Au-delà de l’excellence technique pure, qui reste un prérequis, les industriels recherchent à recruter aujourd’hui des profils «hybrides». «La priorité va aux ingénieurs capables de faire dialoguer le monde physique de l’usine avec le monde virtuel de la data. Autrement dit ceux maîtrisant les compétences de l’industrie 4.0 comme la maintenance prédictive, la cybersécurité industrielle ou encore les jumeaux numériques, mais, aussi, les compétences en IA appliquée au process manufacturing ou encore à la supply chain», souligne Mehdi Sebti.
«Les compétences transversales telles que la gestion de projet agile, l’audit énergétique et la maîtrise des normes internationales sont aussi essentielles», ajoute le directeur d’Arts et Métiers campus de Rabat. Mais pas seulement. L’ingénierie relationnelle, autrement dit savoir convaincre un chef d’atelier, animer une réunion transverse ou encore piloter un projet sans autorité hiérarchique, est aujourd’hui également devenue une compétence essentielle. «Les profils maîtrisant les méthodes Lean, les outils qualité comme le Kaizen ou le SMED sont particulièrement valorisés – mais ceux qui savent aussi communiquer, négocier et manager des équipes terrain décollent bien plus vite», tient à compléter Kawtar Iraqi Housseini.
«C’est précisément ce sur quoi nous travaillons à l’ESITH: intégrer le leadership, la communication professionnelle et le coaching au cœur des cursus de génie industriel», conclut l’experte.

Karim AGOUMI

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