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Formation des ingénieurs «Il faut élargir les voies d’accès»

  • Repenser le modèle CPGE et valoriser les admissions parallèles
  • Créer des cycles préparatoires intégrés au sein des grandes écoles

Face au retard accusé par le Maroc dans la formation des ingénieurs, une réforme profonde du système d’accès s’impose.

«Aujourd’hui, nous sommes face à un dilemme arithmétique absurde: le Maroc ambitionne de former des dizaines de milliers d’ingénieurs (le besoin se chiffre à terme en centaines de milliers pour accompagner la vision 2030), alors que notre vivier principal est à sec», souligne Badreddine Benameur, expert en formation d’ingénieurs, ancien directeur de l’INPT et de l’ENSEM. Quelles solutions à mettre en œuvre pour résoudre cette problématique?

Un modèle «tout-prépa» qui a atteint ses limites

Selon Badreddine Benameur, des leviers sont nécessaires. D’abord, repenser le modèle CPGE (Classes préparatoires aux grandes écoles).
«Le modèle français “tout-prépa” a atteint ses limites au Maroc. Il est trop étroit. Il faut élargir les voies d’accès en valorisant les admissions parallèles (licences professionnelles, DUT) et en créant des “cycles préparatoires intégrés” au sein même des grandes écoles pour sécuriser le flux dès le baccalauréat. Je propose de créer des facultés d’ingénierie avec une formation qui dure 5 ans après le baccalauréat, avec une année préparatoire, et une spécialisation dès la deuxième année», suggère l’ancien directeur de l’INPT et de l’ENSEM.
L’expert souligne l’importance de doter les grandes écoles d’une gouvernance agile. «Des institutions comme l’INPT ou l’ENSEM ont prouvé leur excellence. L’INPT, avec son repositionnement “Go to Digital”, et l’ENSEM, pilier du Génie Électrique et Mécanique pour l’automobile et l’aéronautique, forment ensemble environ 500 ingénieurs d’élite. C’est dérisoire face à la demande. Il faut leur donner l’autonomie et les moyens financiers pour doubler leurs capacités d’accueil tout en diversifiant leurs sources de recrutement», indique-t-il.
De son côté, Youssef Benelmostafa, DG de l’EIGSI Casablanca, insiste sur la nécessité de diversifier les voies d’accès au titre d’ingénieur et les modèles de formation. «L’époque du modèle unique de l’élève assis sur une chaise pendant trois ans est révolue. Pour augmenter massivement le nombre d’ingénieurs, nous devons faciliter et multiplier les parcours de formation», insiste-t-il.

L’enseignement à distance, une opportunité de transformation

«La crise du coronavirus nous a appris que l’enseignement à distance n’était pas seulement une solution de secours, mais une opportunité majeure de transformation. Aujourd’hui, nous devons franchir un nouveau cap en développant des programmes innovants, nativement conçus pour le virtuel», explique le DG de l’EIGSI Casablanca. Cette approche ne se limite pas à mettre des cours en ligne. «Il s’agit de créer des environnements d’apprentissage immersifs, utilisant des laboratoires numériques de pointe, où la distance n’est plus un frein mais un levier. En misant sur le digital, nous pouvons offrir une flexibilité totale et former davantage d’ingénieurs, partout et tout le temps, en levant les barrières géographiques et temporelles», ajoute Youssef Benelmostafa.
En clair, la clé réside dans la multiplication des parcours. Cela ouvre les portes à un plus grand nombre de talents, et permet de former massivement la nouvelle génération d’ingénieurs dont le Maroc a besoin. Toutefois, cette ouverture ne doit jamais se faire au détriment de l’excellence. «Nous ne devons pas oublier qu’un ingénieur porte d’immenses responsabilités: il conçoit des systèmes critiques, gère des infrastructures et prend des décisions qui impactent la société. Plus de parcours signifie donc plus d’exigence, pour garantir que chaque futur ingénieur soit plus compétent, plus responsable et plus éthique face aux défis de demain», note le DG de l’EIGSI Casablanca.

Moderniser le concours

De son côté, Badreddine Benameur, expert en formation d’ingénieurs, appelle à moderniser le concours d’accès aux grandes écoles. «Le concours ne doit plus être une barrière d’entrée rigide basée sur un modèle de 1950, mais un mécanisme d’orientation vers les métiers du futur. Si nous voulons atteindre l’objectif des 100.000 ingénieurs, nous devons transformer l’entonnoir actuel en une rampe de lancement. En résumé, nous ne pouvons pas construire une économie de l’innovation avec un système de sélection qui ne capte que 1,7% de nos bacheliers. Il est donc urgent d’ouvrir les vannes de la formation sans pour autant brader la qualité qui fait la réputation de l’ingénieur marocain à l’international», explique-t-il.

Renforcer la formation par alternance aussi

La formation par alternance est l’un des modèles à privilégier. Elle implique des entreprises qui participent au financement de la formation. «C’est la garantie de produire un ingénieur “terrain”, immédiatement opérationnel et imprégné de la culture d’entreprise. Concrètement, il partage son temps entre l’école et le monde professionnel, avec un rythme de deux semaines en entreprise et deux semaines en cours par exemple», ajoute Youssef Benelmostafa. Ce professionnel souligne aussi l’importance de la formation continue des techniciens via des cours du soir ou un temps aménagé pour monter en compétences sans interrompre l’activité professionnelle, créant ainsi un ascenseur social puissant pour les bac+2 et bac+3.o

Khadija SKALLI

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