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Paramédical: Les transformations à venir et les profils qui auront la cote

Dans un contexte marqué par la généralisation de la protection sociale, l’élargissement de l’accès aux soins, le vieillissement de la population et la montée des maladies chroniques, la formation paramédicale s’impose comme un levier stratégique pour garantir la qualité, l’accessibilité et la continuité des soins. Mais comme tous les secteurs, le paramédical sera transformé par l’IA et les nouvelles technologies. Des experts décryptent les futures transformations et dévoilent les profils qui seront les plus demandés.

■ Une meilleure adéquation aux réalités du terrain
La pression croissante sur le système de santé redéfinit les exigences en matière de compétences et de parcours de formation. Pour Lamia Maroihi, présidente de la Commission santé de la Fédération marocaine de l’enseignement professionnel privé (FMEP): «L’enjeu n’est plus seulement d’augmenter le nombre de formés, mais de structurer des parcours capables de répondre précisément aux besoins du système de santé». Cette adaptation passe par une spécialisation progressive et une meilleure adéquation aux réalités du terrain. La FMEP, à travers une veille active des mutations sectorielles, anticipe les évolutions et accompagne les opérateurs de formation. Dans cette dynamique, la formation continue se présente comme un pilier incontournable.

■ Vers des métiers hybrides
La mutation digitale du secteur ouvrira, pour sa part, la voie à des métiers hybrides: «De nouveaux profils émergeront également dans les domaines de la santé digitale, de la gestion des données de santé et de la maintenance des équipements biomédicaux», d’après Lamia Maroihi. Selon l’experte, cette mutation s’accompagnera d’une hybridation des compétences, combinant expertise clinique et maîtrise des outils numériques.

■ Un cycle de formation raccourci grâce à la technologie
La formation en sciences de la santé intègre déjà les nouvelles technologies, notamment à travers la simulation et la réalité augmentée. «Ces outils permettent de raccourcir le cycle de formation, en mettant sur le marché des professionnels de santé opérationnels et rodés aux problèmes de santé à prendre en charge», souligne Abdelmounim Belalia. Et d’ajouter: «La technologie intervient aussi dans l’exercice des métiers du paramédical avec l’émergence de la chirurgie numérique qui s’appuie sur l’ordinateur et sur les robots pour plus de précision et de pertinence de l’acte chirurgical. Cette révolution ne concerne pas que les médecins mais tous les métiers du paramédical puisqu’ils interviennent en appui de l’acte médical ou en coordination avec ce dernier». La formation dans ces métiers ne peut donc plus faire fi de ces transformations. Elle doit donc «se renouveler en adoptant les techniques nouvelles et les approches pédagogiques qui reflètent l’évolution du secteur de la santé».

Infirmiers polyvalents, soins d’urgence, gériatrie…, les spécialités en première ligne

Le secteur de la santé continuera à recruter en masse dans les prochaines années. «Les métiers du paramédical arrivent en tête sur le plan quantitatif, puisque les besoins s’expriment toujours aussi bien dans les structures publiques que privées en recherche permanente d’infirmiers, sages-femmes, aides-soignants, techniciens de laboratoires ainsi que tous les métiers de support médical», précise Abdelmounim Belalia, DG de l’université Mundiapolis, qui compte parmi ses établissements une faculté des sciences de la santé. Selon Lamia Maroihi, les profils les plus demandés seront, en premier lieu, les infirmiers polyvalents, mais également les spécialités liées aux soins d’urgence, aux soins intensifs, au bloc opératoire, à la gériatrie et à la psychiatrie. Les techniciens de santé, notamment en imagerie médicale et en analyses biologiques, ainsi que les hygiénistes hospitaliers, occuperont également une place essentielle. Abdelmounim Belalia rajoute à cette liste les infirmiers en anesthésie et réanimation, ainsi que les techniciens de laboratoire et des aides-soignants qui continueront à être demandés.
Par ailleurs, le développement de la santé communautaire et de la prévention fera émerger de nouveaux besoins. Notamment dans le suivi des maladies chroniques et l’accompagnement des patients, selon la présidente de la Commission santé de la FMEP.

Les soft skills à ne pas négliger

Les profils qui auront la cote sur le marché seront ceux qui ont suivi une formation pratique sur la base de stages sur le terrain, ainsi que des enseignements s’appuyant sur la simulation, devenue un outil incontournable dans la formation des métiers du paramédical, selon le DG de Mundiapolis. Abdelmounim Belalia insiste, en outre, sur l’importance des soft skills dans la formation des infirmiers et cadres paramédicaux. «L’exercice du métier de la santé requiert des compétences et valeurs qui relèvent du savoir-être, et de la capacité de la recrue à incarner les exigences de la structure de santé en termes d’éthique et de qualité de soins», inisiste-t-il.

 

Former des praticiens à même d’évoluer dans un système en pleine mutation

La FMEP met en œuvre des actions concrètes pour accompagner cette transition: mise à jour des programmes en phase avec les avancées technologiques et les besoins du secteur, renforcement des compétences des formateurs via des outils pédagogiques numériques, et promotion de l’innovation pédagogique par la simulation clinique et les approches hybrides, tout en intégrant progressivement les compétences liées à la digitalisation et à l’intelligence artificielle, devenues incontournables dans le secteur de la santé. Comme le souligne Lamia Maroihi: «Le défi des prochaines années n’est donc pas uniquement de former plus de professionnels, mais de former autrement: des profils compétents, capables d’évoluer dans un système de santé en pleine mutation».

L’humain, pilier incontournable

A moyen et long terme, la transformation digitale devrait faire évoluer en profondeur les métiers paramédicaux. «Les professionnels paramédicaux, notamment les infirmiers, les aides-soignants, les kinésithérapeutes et les orthophonistes, seront progressivement amenés à jouer un rôle élargi dans le suivi des patients, l’adaptation des protocoles de soins et l’accompagnement personnalisé», souligne Lamia Maroihi. Dans cette perspective, l’intégration des technologies avancées telles que la réalité virtuelle, l’impression 3D et la robotique médicale contribuera à transformer les pratiques de soin. Les outils de rééducation assistée permettront des prises en charge plus personnalisées, en rééducation fonctionnelle et en gestion de la douleur, tandis que la robotique viendra en appui aux professionnels dans certaines tâches techniques ou logistiques.
Cependant, face à ces avancées, la dimension humaine reste incontournable: «Les innovations technologiques transforment les pratiques, mais elles ne sauraient remettre en cause la place centrale de la dimension humaine du soin, qui doit rester au cœur des dispositifs de la formation paramédicale. Le développement du jugement clinique, de la relation soignant-patient et des compétences relationnelles demeure fondamental».


Le tournant de l’IA

La transformation digitale vient ainsi profondément redéfinir les pratiques au quotidien. Digitalisation des parcours de soins, généralisation des dossiers médicaux électroniques et essor de la télémédecine modifient déjà l’organisation du travail. A court terme: «ces évolutions permettent d’automatiser certaines tâches administratives, d’améliorer la coordination des soins et de libérer du temps au profit de la prise en charge des patients», fait savoir Lamia Maroihi. Et d’ajouter: «L’intégration progressive de l’intelligence artificielle constitue un tournant important. Elle agit comme un outil d’aide à la décision, facilitant l’analyse des données de santé, la planification des soins et l’amélioration de la précision des diagnostics». Par ailleurs, le développement des dispositifs médicaux connectés ouvre la voie à une prise en charge plus continue et plus proactive, essentiellement pour les patients atteints de maladies chroniques ou résidant dans des zones éloignées.

Fatim-Zahra TOHRY

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