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Formation en temps aménagé: Bientôt dans toutes les universités?

  • C’est ce que prévoit le nouveau projet de loi régissant le secteur
  • Un modèle généralisable mais pas pour tous les cursus
  • Des diplômes d’Etat à la clé

Dans son projet de loi n°59.24 régissant l’enseignement supérieur, le ministère de tutelle prévoit la généralisation de la formation en temps aménagé (TA) pour les actifs à toutes les universités publiques. Aujourd’hui, seules quelques-unes proposent cette option, à l’instar de celles de Rabat, de Meknès ou encore de Tétouan. Toutefois, le modèle est-il généralisable à tous les types d’établissements et diplômes? Mais d’abord, qu’est-ce que la formation en TA?
L’université de Rabat a été la première à se lancer dans ce mode de formation à partir de 2016, suite à un rush inédit de demandes émanant de salariés et de fonctionnaires. «Suite à cet engouement et dans un esprit citoyen, nous avons décidé d’offrir ce modèle, pour que les professionnels puissent se former après 17h et durant les samedis», explique son président Mohamed Rhachi. «Il n’a rien à voir avec la formation continue, il s’agit d’une formation initiale, sauf que les cours se déroulent dans des horaires aménagés pour les professionnels», explique-t-il.

Mêmes programmes, mais pas la même cible

Ainsi, les prérequis, programmes, examens, évaluations… sont les mêmes que ceux des étudiants à temps plein. L’équipe pédagogique est également la même. La seule différence, ce sont les horaires. «La formation en TA donne aussi droit à un diplôme d’Etat, contrairement à la formation continue classique qui aboutit à un diplôme d’université (DU)», précise pour sa part Houssine Azeddoug, président de l’université de Casablanca. Selon lui, la formation en TA est ouverte à tous les professionnels, sauf que les fonctionnaires sont ceux qui en ont le plus besoin. Car pour leurs promotions, ils doivent présenter un diplôme d’Etat. La formation continue classique, elle, répond à d’autres objectifs. «Elle propose des programmes à la carte, conçus avec le monde socioéconomique et répondant à des besoins spécifiques des entreprises. Les intervenants issus du monde professionnel peuvent y représenter 50 à 60% du corps pédagogique», souligne le président de l’université de Casablanca.
Le modèle peut-il être généralisé dans toutes les universités? Techniquement, c’est possible, selon Fatima Zahra Alami, doyenne de la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock de Casablanca. Hormis la loi régissant le secteur, l’université pourrait le faire passer via ses instances, notamment par son conseil, précise la doyenne.
Cependant, tout dépend aussi de la demande. Si certains établissements enregistrent de l’engouement, d’autres non. A Casablanca par exemple, l’ENCG (Ecole nationale de commerce et de gestion) et la faculté de droit Aïn Chock restent les plus sollicitées. Dans d’autres universités, chapeautant des régions peu dynamiques sur le plan économique, la demande n’est pas toujours au rendez-vous. «Je crois qu’il y aura de la demande, surtout au niveau des facultés de droit et de sciences économiques. D’abord parce que c’est à accès ouvert, et tout le monde peut s’inscrire. D’ailleurs, si l’on fait l’état des lieux, ces facultés comptent déjà une part importante de salariés et de fonctionnaires», estime Abdelhak Sahib Eddine, directeur de l’ENCG d’El Jadida. Le coût de la formation reste, en outre, largement accessible par rapport à la formation continue classique.

Les spécialités qui cartonnent en économie & gestion

Les facultés de droit & économie et les ENCG font partie des établissements qui reçoivent le plus de candidatures pour des formations continues. A celle de Casablanca Aïn Chock, la demande ne se dément pas. Certaines filières se distinguent. Parmi elles, comptabilité & finance, marketing digital, supply chain management, e-business, banque & assurance, ou encore droit des affaires. «La demande émane à la fois des salariés et des fonctionnaires, mais un peu moins de ces derniers. Nous organisons des classes d’une vingtaine d’étudiants, avec des programmes conçus en collaboration avec le monde socioéconomique et selon les orientations du marché», précise la doyenne de la faculté emblématique de la route d’El Jadida, Fatima Zahra Alami.
A l’ENCG Marrakech, aussi, l’offre couvre un large éventail de spécialités pour des licences professionnelles et masters d’université (DU), selon son directeur, Tarik Zahrane. «L’objectif est de renforcer les compétences des professionnels et d’accompagner l’évolution de leur carrière grâce à des programmes modulables et spécialisés, adaptés aux besoins des entreprises et aux exigences et évolutions du marché», relève-t-il. Parmi les filières les plus prisées à l’ENCG Marrakech, management de projets et marketing digital, management RH, management financier des organisations, management logistique et audit et contrôle de gestion.

Entre résistances syndicales et concurrence du privé

LE ministère de l’Enseignement supérieur prévoit la généralisation de la formation en temps aménagé, mais le projet pourrait bien se heurter à des résistances syndicales. C’est d’ailleurs déjà le cas dans certaines universités où le modèle a été bloqué. Pour les syndicats, proposer un diplôme national «payant» va à l’encontre du principe de gratuité de l’enseignement supérieur.
La formation continue universitaire fait également face à la concurrence des écoles et universités privées bénéficiant de la reconnaissance de l’Etat et pouvant délivrer des diplômes équivalents. Pour la doyenne de la faculté de droit Aïn Chock de Casablanca, l’impact de la concurrence du privé reste malgré tout peu significatif, puisque le coût dans le privé est plus cher. «Aussi, les diplômes universitaires ont plus de renommée pour l’accès aux formations internationales. Sans oublier l’esprit d’appartenance de certains étudiants, souhaitant compléter leur cursus dans leur établissement qui leur inspire plus de confiance et de crédibilité», souligne-t-elle.


Coût: Pas de frais, mais des «contributions»

Le caractère «payant» des formations en temps aménagés ne fait pas l’unanimité. Des participants ont déjà intenté des actions en justice pour protester contre les frais imposés. «A Rabat nous avons gagné ces procès. Il ne s’agit pas de frais de scolarité mais d’une contribution financière des participants, puisque toute une logistique est organisée en dehors du cadre normal des études», argue le président de l’université de Rabat, Mohamed Rhachi. Les tarifs restent d’ailleurs accessibles comparativement aux formations continues classiques. A Rabat, une licence en temps aménagé peut coûter autour de 2.000 DH par semestre.
«La formation initiale est à la base gratuite. En temps aménagé, elle donne lieu à une participation symbolique, car il y a des frais en plus. Il faut, par exemple, mobiliser les profs en dehors des heures de cours», explique la doyenne de la faculté de droit Aïn Chock de Casablanca, Fatima Zahra Alami. Dans sa faculté, pas encore de formation en TA. Cependant, l’établissement déploie une offre d’une vingtaine de filières de formation continue.
«Les formations en temps aménagé sont en quelque sorte subventionnées par l’université. Elles mobilisent la même équipe pédagogique que celle de la formation initiale. En revanche, pour la formation continue classique, nous faisons appel à des professionnels plus exigeants en termes de rémunération. Le coût de revient est donc plus important», appuie le président de l’université de Casablanca, Houssine Azeddoug. Pour lui, il ne s’agit pas d’une activité à but lucratif. La formation des fonctionnaires et salariés rentre dans le cadre de la mission de l’université de monter en compétence le capital humain. Dans son université, une licence en formation continue peut coûter près de 25.000, contre 30.000 DH pour le master. Dans d’autres régions, le tarif peut être plus élevé. Sur son site, l’université de Marrakech affiche des licences professionnelles à 25.000 DH, contre 45.000 DH pour les masters.

Ahlam NAZIH

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