ActualitésMa 1ère année

Je démarre en lettres et sciences humaines D’abord lire, lire et… lire!

  • Avant de se lancer, s’assurer d’avoir les prérequis
  • Au moins trois heures de lecture «professionnelle» par jour
  • Ne pas oublier le deuxième pilier, l’écriture!

Les facs de lettres et sciences humaines ne sont pas la première orientation des bacheliers, loin de là. Ce sont peut-être même les dernières, celles que les étudiants perçoivent comme un refuge en dernier ressort. Même des matheux finissent par y atterrir car ne maîtrisant pas suffisamment la langue d’apprentissage des disciplines scientifiques, à savoir le français.

Cependant, une orientation par défaut n’a que très peu de chances de réussir. «C’est pour cela que nous relevons un très fort taux d’abandon dès la première année», fait remarquer Jamal Eddine El Hani, ancien doyen de la faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) de Rabat. Or, les sciences humaines et sociales revêtent aujourd’hui une importance capitale, se trouvant au cœur de toutes les réflexions et de toutes les disciplines.

Le mot magique

Pour y exceller, il faut d’abord les aimer. «Il est également important d’en avoir les prérequis. Il faut justifier de suffisamment de bagage pour pouvoir s’y inscrire et y réussir», souligne El Hani. Cela est valable à la fois pour les langues et les sciences humaines. Certains bacheliers croient maîtriser une langue, arrivant avec des 18 et 19/20 au bac. Mais à la fac, ils ratent totalement le test de positionnement.

La lecture, c’est le mot magique en lettres et sciences humaines. «Le premier conseil, c’est lire, lire et lire. Il faut s’efforcer de le faire, et de préférences dans trois langues», soutient Jamal Eddine El Hani, qui a enseigné pendant une quarantaine d’année dans le département de français.

«La vertu de la comparaison»

«La lecture est fondamentale. Sans aucune exagération, un étudiant qui ne lit pas au moins trois heures par jour sera toujours un étudiant très moyen», appuie Abdelhamid Ibn El Farouk, doyen de la FLSH de Mohammedia.

Toutefois, il ne s’agit pas de lire comme on lit un roman à la plage, selon Ibn El Farouk. Le doyen insiste sur une lecture «professionnelle». Il s’agit de lire, prendre des notes et faire des fiches de synthèse. Pour lui, la lecture et l’écriture sont les deux piliers des études en lettres et sciences humaines, et cet exercice devrait prendre en moyenne cinq à six heures par jour. «Si l’on souhaite devenir un grand sociologue ou un grand littéraire, eh bien il faut s’astreindre à cette discipline. L’apprentissage, ce n’est pas des vacances. C’est une discipline et une certaine austérité», défend Ibn El Farouk. «Après, quand vous vous y habituez, vous y trouvez beaucoup de plaisir, avec un certain enchantement à s’isoler, à lire, à penser par soi-même», nuance-t-il. Cette discipline quotidienne, quasi militaire, permettrait de cultiver «la vertu de la comparaison». En lisant plusieurs références de divers auteurs l’on peut constituer un «historique» sur les différentes problématiques. «L’esprit commence ainsi à réfléchir par lui-même et à construire ses propres outils de critique. L’on développe aussi un horizon de réflexion plus large», explique le doyen de la FLSH de Mohammedia.

Pour devenir un «grand lettré»

Si votre rêve est de devenir un «grand lettré», il faudra donc nourrir votre esprit avec des lectures massives et diversifiées. D’ailleurs, dans les cours magistraux, auxquels une présence assidue est vivement recommandée, les enseignants ne partagent que de grandes orientations. Il appartient ensuite aux étudiants de compléter eux-mêmes leur formation à travers leurs propres recherches et lectures, ainsi qu’en participant aux différentes manifestations de la faculté (conférences, colloques, débats…).

Abdelhamid Ibn El Farouk recommande aussi un apprentissage par cœur de poèmes, citations et proverbes afin de «donner du relief» à ses échanges. «Les proverbes sont des luminaires de discours, telles des lampes ils éclairent les propos», se plaît-il à rappeler. Ils permettent de résumer des situations de manière claire, éloquente et même pédagogique.

Verbatim

■ Jamal Eddine El Hani, ancien doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de Rabat: «Ce qui fait le différence entre un diplômé et un autre, ce n’est pas la maîtrise de la technologie ou de la spécialité, ce sont ses acquis en humanités et sa pensée critique. C’est pour cela que les étudiants devraient apprendre parallèlement, quelle que soit leur discipline, la psychologie, la philosophie, la littérature…»

■ Abdelhamid Ibn El Farouk, doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de Mohammedia: «La lecture, c’est une sorte de laboratoire invisible où il y a une agitation d’idées, de problématiques, une imprégnation de courants, des filiations d’idées… Toutefois, elle n’a aucun effet si elle se fait en elle-même, pour elle-même. Il faut absolument qu’elle soit conjuguée à l’écriture».

Les sciences dures et les sciences humaines et sociales, c’est l’esprit de géométrie vs l’esprit de finesse comme dirait Pascal. Si dans les premières 1+1 est égal à 2, dans les deuxièmes, ce n’est pas si sûr, selon Abdelhamid Ibn El Farouk. En sciences humaines et sociales l’horizon de réflexion est élargi. Les étudiants acquièrent une grande culture en histoire et lettres. Ils développent aussi des compétences en lecture, rédaction et raisonnement. Leur grande culture leur permet une meilleure compréhension de ce qui les entoure, et leur procure des outils pour apporter des solutions à différentes problématiques.


Se former, c’est se confronter aux difficultés

La lecture, la réflexion, la dissertation, les commentaires, les résumés…, ce sont là des éléments essentiels dans la formation en lettres et sciences humaines. Dans ce processus, qui nécessite engagement, assiduité et autodiscipline, l’intelligence artificielle peut être un allié de taille. Néanmoins, attention à ne pas tomber dans le piège de la facilité en faisant tout faire à l’IA. «L’outil IA ne sert que ceux qui sont déjà bien formés. Les synthèses, les fiches de notes, les articles…, il faut absolument les faire soi-même. La formation, c’est le fait de se confronter aux difficultés», prévient Abdelhamid Ibn Al Farouk.

Ahlam NAZIH

 

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