Les campus, nouveaux baromètres du malaise national

Depuis fin septembre 2025, le Maroc connaît une vague de protestations initiée par la jeunesse en particulier la génération Z autour des thèmes de l’éducation, de la santé publique, de la justice sociale et de la corruption.
Dans ce contexte, les universités et les corps professoraux se voient aujourd’hui entraîner dans ce mouvement, posant la question : quel rôle peut (et doit) jouer le milieu universitaire au cœur de ce débat national ?
Le 27 septembre 2025, plusieurs villes marocaines (Casablanca, Rabat, Marrakech, Agadir, Tanger) ont été le théâtre de manifestations coordonnées par des collectifs de jeunes, via les réseaux sociaux.
Les slogans « Nous voulons des hôpitaux, pas des stades » ou « Nous ne voulons pas la Coupe du monde, nous voulons la santé » traduisent le mécontentement face aux choix prioritaires de l’État.
La protestation s’est rapidement étendue, touchant des revendications dans l’éducation souvent présentée comme un parent pauvre mais aussi dans la gestion des investissements publics.
Le 8 octobre, le Syndicat national de l’enseignement supérieur a rejoint le mouvement par une grève de 48 heures, dénonçant notamment une réforme en cours de projet qui pourrait remettre en cause la gratuité de l’université.
Pour de nombreux étudiants, ces mobilisations expriment un ras-le-bol vis-à-vis d’un système éducatif jugé insuffisant : manque d’infrastructures, accès inégal, contenus pédagogiques parfois déconnectés, difficultés d’insertion professionnelle. Ces tensions s’ajoutent à un contexte économique difficile et à une jeunesse de plus en plus consciente de ses droits.
Le rôle de l’université au cœur du débat
L’université, traditionnellement espace de réflexion et de contestation, se trouve à un carrefour : soit elle reste spectatrice, soit elle s’engage en tant qu’institution et communauté dans le dialogue social. Cela pourrait passer par :
- La facilitation de débats ouverts entre étudiants, enseignants et pouvoirs publics
- La production d’études et d’analyses pour éclairer les réformes
- Une médiation entre les revendications étudiantes et les contraintes institutionnelles
L’entrée en grève ou dans des manifestations comporte des risques : perturbation des cours, blocages logistiques, tensions sécuritaires ou juridiques. L’équilibre est délicat : comment soutenir une cause légitime sans sacrifier la mission académique ?

Cas d’actualité à surveiller
- Le projet de réforme du concours de master et la loi 59.24, déjà évoqué sur le site de Campus L’Économiste, pourrait être un point de cristallisation pour les étudiants mécontents.
- L’initiative de renforcer le rôle de l’IA et du numérique dans l’enseignement supérieur, déjà en cours, pourrait devenir un levier stratégique si elle est bien concertée avec les acteurs universitaires.
- Le contexte national de protestation met également en lumière des comparaisons internationales : comment les universités dans d’autres pays réagissent face à des crises sociales majeures ?
Propositions pour l’avenir
- Engager des États généraux de l’enseignement supérieur, avec représentation de toutes les composantes (étudiants, enseignants, administratifs, ministère).
- Réviser les priorités budgétaires universitaires, avec transparence, pour adresser les besoins les plus urgents (infrastructures, laboratoires, équipements numériques).
- Encourager l’innovation pédagogique et les partenariats avec le secteur privé, pour rapprocher formation et employabilité.
- Inscrire la dimension citoyenne dans le cursus : offrir des modules en gouvernance, droits étudiants, éthique publique, responsabilisation sociale.
Le Maroc vit en cette rentrée 2025 un moment de tension majeur, dans lequel la jeunesse et le milieu universitaire réclament une place. Pour Campus L’Économiste, c’est le moment d’apporter des contributions éclairées : être à l’écoute des étudiants, stimuler le débat et proposer des idées d’avenir. Car l’université ne peut être uniquement un témoin : elle doit être un acteur de transformation.
Brahim Raji




