Système des crédits ECTS: Des avantages, mais des défis qui persistent
- Les procédures d’équivalence et de transfert des crédits entre établissements à harmoniser davantage
- Des passerelles à définir clairement
- Informer, conseiller, renforcer l’accompagnement de l’étudiant
Activé au Maroc depuis la rentrée universitaire 2023-2024, le système des crédits ECTS (European Credits Transfer System) constitue une avancée importante, car il permet de valoriser progressivement les enseignements validés.

Sur le papier, ce système présente plusieurs avantages: capitalisation sur les acquis, mobilité, possibilité de reprendre ou de réorienter un parcours et une meilleure reconnaissance des apprentissages déjà réalisés. En clair, il permet une meilleure lisibilité du diplôme à l’international, facilite la mobilité des étudiants et leur ouvre plus de passerelles et de possibilités de réorientation. Mais qu’en est-il réellement sur le terrain? Qu’est-ce qui a changé pour les étudiants? «L’ECTS favorise la capitalisation des acquis, facilite les passerelles entre les formations et améliore la lisibilité des parcours. L’étudiant n’est plus uniquement évalué selon une logique d’année entièrement réussie ou entièrement perdue, mais à partir des modules, des crédits et des compétences effectivement acquis», note d’abord Fatima Zahra Alami, doyenne de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock, relevant de l’Université Hassan II de Casablanca. Et d’ajouter, «l’un de ses apports majeurs réside dans la grande ouverture qu’il offre à l’international. La mise en correspondance des crédits, des modules et des compétences rend les parcours plus lisibles et facilite leur comparaison avec ceux proposés par les universités étrangères».
Sous réserve des règles de reconnaissance et d’admission de chaque établissement, l’étudiant peut ainsi envisager une mobilité, poursuivre ses études ou se réorienter vers un autre cursus à l’étranger, sans que l’ensemble de ses acquis soit nécessairement remis en cause.
«Cette logique élargit également l’éventail des choix qui s’offrent à lui. Elle lui permet d’accéder à des filières plus spécifiques ou spécialisées, parfois non disponibles dans son établissement ou dans son parcours d’origine, et de construire progressivement un projet de formation plus personnalisé, au niveau national comme international», poursuit la doyenne.
Un parcours plus lisible et plus flexible
Même son de cloche du côté de Abdelhak Sahib Eddine, directeur de l’École nationale de commerce et de gestion (ENCG) d’El Jadida. Selon cet expert de l’enseignement supérieur, l’objectif essentiel du système des crédits est de rendre le parcours de l’étudiant plus lisible et plus flexible.
«Les acquis de l’étudiant peuvent être capitalisés et son parcours peut être mieux individualisé. Autrement dit, l’étudiant peut corriger son parcours sans forcément repartir de zéro. C’est une évolution importante. Avant, on avait parfois une vision très binaire: l’étudiant réussit son année ou il échoue. Avec les crédits, on peut davantage regarder ce qu’il a effectivement acquis», explique-t-il.
Pas forcément interchangeables avec les ECTS européens
Le système des crédit peut également faciliter la mobilité entre formations et, dans certaines conditions, entre établissements et systèmes universitaires. Toutefois, précise le directeur de l’ENCG d’El Jadida, «le Maroc a développé son propre système national de crédits dans le cadre de l’organisation LMD, inspirée notamment du système européen. Il ne faut donc pas considérer que chaque crédit marocain est automatiquement interchangeable avec un ECTS européen dans toutes les situations».
Vers une mise en œuvre concrète
«Le principe est pertinent et répond aux besoins d’un enseignement supérieur plus flexible», souligne la doyenne de la Faculté des sciences juridiques, économiques et Sociales Aïn Chock. Toutefois, insiste-t-elle, son efficacité dépend de sa mise en oeuvre concrète. «Les procédures d’équivalence et de transfert des crédits doivent être davantage harmonisées entre les établissements, les passerelles clairement définies et l’accompagnement des étudiants renforcé», précise-t-elle.
Aujourd’hui, les outils ont été mis en place. «Il faut désormais les décliner concrètement, les faire vivre au sein des établissements et surtout mieux informer et conseiller les étudiants. Cela suppose de développer des structures d’accompagnement dédiées, capables de les guider dans leurs choix, de les aider à ne pas se sentir perdus, et de les accompagner dans la construction cohérente de leur projet d’études et de leur projet professionnel», conclut Fatima Zahra Alami.
«Il reste encore beaucoup à faire»

«Le système va dans la bonne direction, mais il reste encore beaucoup à faire», lance le directeur de l’ENCG d’El Jadida. Selon Abdelhak Sahib Eddine, le principe est bon. La capitalisation des acquis, les crédits, les passerelles et la possibilité de construire des parcours plus souples sont des outils utiles. «Mais un outil n’est efficace que s’il est réellement utilisable par l’étudiant. Notre véritable défi aujourd’hui est donc de faire en sorte que les passerelles soient plus concrètes, que les règles soient plus lisibles et que l’étudiant sache rapidement à qui s’adresser lorsqu’il veut changer de parcours». Il faut aussi mieux accompagner les jeunes en première année, préconise-t-il. Beaucoup découvrent l’université sans toujours savoir comment fonctionne la scolarité, quelles sont les possibilités de réorientation ou quelles conséquences aura une décision prise en cours d’année. Selon Abdelhak Sahib Eddine, «l’orientation ne devrait pas s’arrêter le jour où le bachelier choisit sa filière. C’est un processus qui doit continuer pendant les premières années de l’enseignement supérieur».
Khadija SKALLI




