JobInTech, TikTok, e-learning… comment la Gen Z marocaine redessine ses futurs métiers

Smartphones, réseaux sociaux et formations en ligne : les outils de la Génération Z marocaine ne ressemblent plus à ceux des générations précédentes. Entre un marché du travail saturé et des programmes numériques en plein essor, les jeunes de 18 à 25 ans inventent de nouvelles manières d’apprendre, de se former et de bâtir leur avenir.
Selon une étude OpinionWay–Saga Communication publiée en 2023, 43 % des jeunes Marocains passent entre trois et cinq heures par jour sur les réseaux sociaux. TikTok, Instagram ou LinkedIn ne sont plus de simples distractions : ils sont devenus des outils d’apprentissage, de visibilité et parfois de revenu.
Mais l’usage intensif de ces plateformes reflète aussi une adaptation forcée : beaucoup d’étudiants utilisent les contenus éducatifs ou les tutoriels pour compenser un manque de formation pratique à l’université. L’apprentissage devient horizontal, collectif, et souvent autodidacte.
Lancé par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, le programme JobInTechvise à former 15 000 jeunes Marocains d’ici 2026 aux métiers du numérique : développement web, cyber sécurité, data, cloud computing.
L’initiative, soutenue par des écoles comme YouCode, Holberton School et Simplon, s’inscrit dans une stratégie nationale de montée en compétences numériques.
D’après le World Economic Forum (Future of Jobs 2025), 44 % des compétences actuelles devraient évoluer d’ici 2030. Ce chiffre illustre l’urgence : sans adaptation rapide, une partie des jeunes diplômés risque de se retrouver hors du marché.
Les formations en ligne se multiplient : Coursera, Udemy, OpenClassrooms, ou encore les plateformes locales marocaines.
Selon le rapport 2024 de l’ANRT, plus de 93 % des jeunes urbains ont désormais accès à Internet. Mais cette proportion chute dans certaines régions rurales, où près de 35 % des jeunes restent déconnectés.
L’e-learning permet pourtant à des milliers d’étudiants d’acquérir des compétences techniques ou linguistiques à faible coût. Plusieurs universités marocaines, dont Hassan II et Ibn Tofaïl, expérimentent déjà des cours hybrides mêlant présentiel et formation à distance.
Un marché du travail sous tension
Malgré cette ouverture numérique, les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP) restent préoccupants : le taux de chômage national atteint 12,8 % au deuxième trimestre 2025, et grimpe à 35,8 % chez les jeunes de 15 à 24 ans.
Cette situation pousse beaucoup d’entre eux vers le freelancing, les micro-entreprises ou les emplois informels en ligne.
Les réseaux sociaux, combinés aux plateformes numériques, deviennent des vitrines professionnelles. Certains jeunes utilisent LinkedIn pour décrocher des missions, d’autres transforment leurs chaînes YouTube ou leurs comptes TikTok en sources de revenus. Le numérique devient un espace de survie économique autant qu’un laboratoire d’innovation.
La Génération Z marocaine ne se définit plus uniquement par son diplôme, mais par ses compétences réelles et sa capacité à s’adapter.
Les programmes publics comme JobInTech et la montée du e-learning ouvrent des perspectives, mais révèlent aussi un besoin urgent : relier les formations, les entreprises et les universités dans un écosystème cohérent.
Le défi n’est pas technologique ; il est social et éducatif. Donner aux jeunes Marocains les moyens de transformer leurs compétences numériques en emploi durable, c’est préparer une génération capable de produire, d’innover et de rivaliser à l’échelle mondiale.
Brahim RAJI




