DBA: De plus en plus d’adeptes au Maroc
- Davantage de cadres supérieurs optent pour ce diplôme à mi-chemin entre le PhD et le MBA
- L’offre des écoles et universités privées aussi se développe
Très en vogue dans les pays anglo-saxons, le DBA (Doctorate in Business Administration) séduit de plus en plus au Maroc. Rentré sur le marché il y a plus d’une dizaine d’années par une poignée d’établissements d’enseignement supérieur privées, ce diplôme doctoral destiné aux professionnels du monde du Business est actuellement proposé par plusieurs universités et écoles privées, principalement à Casablanca, Rabat et Marrakech.
Mundiapolis, l’EMPSI (Ecole de management et des sciences informatiques), HECI (Hautes études commerciales et informatiques), Business Science Institute en partenariat avec l’ISGA (Institut supérieur d’ingénierie & des affaires), ENSI (Ecole des nouvelles sciences & ingénierie), EPMI Afrique, Itab Academy, CESA Sup, Adalia Institute,… entre autres, le dispensent. Le DBA séduit de plus en plus les hauts cadres souhaitant donner une nouvelle dimension à leur carrière.
«Le DBA permet aux professionnels tels que les managers, les consultants et les enseignants de doper leur carrière. La demande est en hausse continue au Maroc. C’est la raison pour laquelle il y a plusieurs établissements qui proposent ce programme de formation doctoral», souligne Saïd Benamar, directeur du pôle Formation Exécutive de l’UIC (Université international de Casablanca) et consultant en sciences de l’éducation.
Une dimension «plus réflexive et stratégique»
Un avis partagé par Hassan Sayarh, expert en enseignement supérieur, consultant-formateur. «Effectivement, le DBA fait sensation à l’étranger et au Maroc de par sa formule particulière adaptée dans certains contextes d’entreprise, adressée à des profils bien particuliers de managers et répondant à des besoins et attentes bien spécifiques, aussi bien en termes de performance que de carrière», indique cet expert, qui relève un intérêt croissant de la part de cadres supérieurs souhaitant donner une dimension «plus réflexive et stratégique» à leur parcours.
Des écoles et universités privées, souvent en partenariat avec des institutions étrangères, proposent des programmes DBA adaptés au contexte local. «Même si cela reste un marché de niche, le potentiel de développement est réel, notamment dans les secteurs où la recherche appliquée et l’innovation managériale deviennent des leviers de compétitivité et de développement», ajoute Hassan Sayarh.Le premier DBA a été créé en 1953 par l’Université Harvard. Le programme s’est ensuite élargi à d’autres institutions américaines, puis étendu à d’autres pays anglo-saxons.
Doctorat classique ou Doctorate in Business Administration?
A l’instar du doctorat classique (PhD), le DBA se base sur la recherche. Le cursus est aussi d’une durée de 3 ans minimum. Le candidat doit également rédiger une thèse, qui sera soutenue devant un jury et publiée dans des revues scientifiques.
Toutefois, il existe des points de différence. «Le DBA se distingue d’un doctorat académique classique car il se base sur l’application pratique des connaissances, tout en suivant un processus de recherche rigoureux aboutissant à la soutenance d’une thèse. Le PhD, lui, est axé sur la recherche fondamentale et la théorie», explique Saïd Benamar, directeur du pôle Formation Exécutive de l’UIC. Cette institution d’enseignement supérieur proposait également le DBA en partenariat avec l’école française de commerce ESC Clermont. Cependant, le programme a été suspendu cette année.
Pas indispensable, mais transformateur
La réussite d’une carrière n’est pas liée exclusivement au diplôme, estime Hassan Sayarh. «Elle est certes liée à une formation, son niveau, sa spécialité et où nous l’avons obtenue, mais pas seulement», insiste-t-il. D’autres facteurs, souvent bien plus importants, rentrent en jeu. Comme les qualités et compétences humaines personnelles, relationnelles et comportementales, de même que la formation continue, le perfectionnement des compétences techniques et managériales, et la capacité d’adaptation et de remise en question. Selon le consultant.
toutefois, pour certains dirigeants ou managers en quête de sens ou d’impact, le DBA peut devenir un catalyseur. «Il favorise une prise de recul, un approfondissement de la réflexion stratégique et une légitimité accrue dans la prise de décision». En ce sens, il n’est pas indispensable, mais il peut être transformateur.
Les atouts du programme
Le DBA a des atouts. «Les plus importants se résument en trois points principaux. Primo, le pont entre, d’une part, la pratique avec ses réalités, ses impératifs et ses contraintes, et d’autre part, la conceptualisation théorique et ses exigences scientifiques et méthodologiques. Secundo, un ancrage professionnel fort. Que ce soit à travers un projet spécifique ou sous forme d’une réflexion globale sur son action managériale, un DBA renforce cet ancrage professionnel et ouvre souvent des perspectives d’évolution intéressantes», indique Hassan Sayarh. Tertio, suivre un DBA, poursuit cet expert, est souvent une occasion forte de renforcer sa méthodologie et ses compétences managériales, parfois même de remises en question.
À cela, s’ajoute la possibilité offerte par un DBA de développer un leadership «éclairé et responsable». «En articulant la recherche et la pratique, le DBA forme des dirigeants capables de penser la complexité, d’innover dans la gouvernance et d’apporter une contribution intellectuelle au-delà de leur organisation. C’est une démarche de sens autant qu’un projet professionnel», insiste ce consultant formateur.
Pour Hassan Sayarh, le DBA est plus qu’un diplôme, plus qu’un outil de carrière, c’est une démarche de recherche appliquée au service de l’action, un espace de réflexion pour des dirigeants désireux d’allier rigueur scientifique et impact managérial. «Dans un contexte comme celui du Maroc, où les entreprises sont en pleine transformation, ce type de programme peut jouer un rôle stratégique dans la professionnalisation et la production de connaissance locale en management», conclut notre expert.
Khadija SKALLI




