Bourses et loyers étouffent le quotidien des étudiants marocains
Avec plus de 1,3 million d’inscrits en 2024-2025, l’université marocaine connaît un essor sans précédent. Mais derrière cette massification, les questions sociales restent brûlantes : comment loger, nourrir et accompagner cette jeunesse qui fait face à des coûts de plus en plus lourds ?
UN FILET SOCIAL, MAIS ENCORE INSUFFISANT
Environ 421 000 étudiants bénéficient d’une bourse, soit plus de 93 % des demandes acceptées. Le montant reste modeste : 6 334 dirhams/an pour une bourse complète, loin de couvrir les dépenses réelles, l’inscription au Registre Social Unifié est désormais obligatoire en 2025, une réforme censée mieux cibler les foyers vulnérables.
L’ÉQUATION IMPOSSIBLE DU LOGEMENT
Les cités universitaires, gérées par l’ONOUSC, l’Office National des Œuvres Universitaires, Sociales et Culturelles créée en 2001, peinent à absorber la demande. Les critères sociaux privilégient les étudiants défavorisés, mais l’offre reste très en deçà des besoins.
Résultat : beaucoup se tournent vers le privé, où un loyer moyen atteint 2 584 dirhams, un fardeau pour les familles modestes.
LE PARADOXE DES REPAS À 1,40 DIRHAM
Dans les restaurants universitaires, un repas coûte à l’étudiant 1,40 dirham, alors que sa valeur réelle avoisine 25 dirhams. L’État prend en charge la différence, mais la qualité et la continuité du service sont régulièrement critiquées. Près de 15 millions de repas seront servis cette année, contre 13 millions l’an dernier.
Une enquête menée par la Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie du Maroc (CNEM / CNEMEP) entre le 9 et le 16 avril 2022 auprès de 5 314 étudiants en médecine révèle que 64 % vivent uniquement de la bourse, et que 37 % déclarent ne pas manger à leur faim. Ces chiffres rappellent que l’accessibilité sociale ne se résume pas à la gratuité des frais d’inscription, mais à la capacité de vivre dignement durant le parcours universitaire.
L’enseignement supérieur marocain a réussi le pari de la massification, mais le défi est désormais d’assurer des conditions de vie équitables. Logement, bourses et restauration doivent être repensés à la lumière du coût réel de la vie étudiante. Car derrière les amphithéâtres pleins à craquer, une réalité persiste : celle d’une jeunesse qui étudie souvent dans la précarité.




