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Rentrée universitaire: Parcours innovants, scissions de facultés et des offres revisitées

Pas de réforme pédagogique pour cette rentrée. Le seul projet national prévu pour cette année universitaire 2026-2027 est celui de la généralisation des formations en temps aménagé, dédiées aux candidats professionnels. Les douze universités publiques sont ainsi censées adopter ce modèle et en harmoniser les tarifs. Il sera également élargi au cycle doctoral. Néanmoins, chaque université prévoit ses propres projets. Parmi les nouveautés, une multitude de créations de cursus, des scissions de facultés et le lancement d’établissements inédits au Maroc. Trois présidents d’université nous confient leurs projets.

Houssine Azeddoug, président de
l’Université Hassan II de Casablanca

■ Casablanca: Des facultés scindées en deux et de nouveaux masters

En termes d’effectifs, l’Université Hassan II de Casablanca (UH2C) se classe deuxième à l’échelle nationale, avec plus de 143.000 étudiants (2024-2025). Elle arrive derrière celle d’Agadir (près de 148.000 étudiants). Ses deux mastodontes: la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales (FSJES) Aïn Chock, et celle de Mohammedia. La première gère près de 35.000 étudiants, et la deuxième environ 34.000. «La moyenne des universités dans le monde est de 30.000 à 35.000 étudiants. A partir de 40.000, on tire la sonnette d’alarme. Or nous, ces chiffres-là, voire plus, nous les avons au niveau d’un seul établissement de l’université», fait remarquer le président de UH2C, Houssine Azeddoug. C’est ce qui a poussé le ministère de l’Enseignement supérieur à encourager la scission des grandes facultés. Celles de l’UH2C sont déjà actées. Elles ont été validées par son conseil, ainsi que par le Conseil de gouvernement. Il ne reste plus que la publication au Bulletin officiel.

Améliorer l’environnement universitaire

Les FSJES d’Aïn Chock et de Mohammedia seront ainsi chacune scindées en deux établissements: une faculté des sciences juridiques et politiques, et une d’économie et de gestion. «Qui dit deux établissements, dit deux administrations et des services multipliés par deux. L’idée est d’améliorer l’environnement universitaire et de mettre l’administration au service de l’étudiant», précise Azeddoug. Chaque faculté disposera ainsi d’un doyen et de deux vice-doyens, et d’équipes pédagogiques et administratives propres, ce qui suppose aussi de nouveaux recrutements.
En termes d’offre de formation, l’université envisage de lancer une multitude de nouveaux parcours, notamment en master, à la fois dans ses facultés de droit/économie, des sciences et des lettre humaines, ou au niveau de la faculté des sciences et techniques (FST) et de l’Ecole supérieure de technologie (EST). Ingénierie pour l’éco-conception des aliments, les contentieux de droit public et la sûreté judiciaire, gouvernance de l’administration publique, comptabilité contrôle et audit, gouvernance sécuritaire et politiques préventives, matériaux innovants et énergie, intelligence artificielle et systèmes complexes… Quelque 36 nouveaux masters sont ainsi accrédités, dont certains en anglais.
Deux nouvelles licences arabophones sont également au menu à la faculté des lettres Aïn Chock (Linguistique et analyse du discours, et le fiqh et ses fondements).


Belaïd Bougadir, président de l’Université Cadi Ayyad

■ L’université de Marrakech passe de 15 à 21 établissements

A Marrakech aussi, l’Université Cadi Ayyad (UCA) divise trois de ses facultés en neuf établissements. Elle passe ainsi d’un total de 15 à 21 écoles et facultés. La scission a, par exemple, donné lieu à trois facultés de sciences juridiques et politiques et trois facultés d’économie et de gestion, à Marrakech, Safi et El Kelâa des Sraghna. La polydisciplinaire de Safi, qui comptait 18.000 étudiants, à elle seule a été scindée en 5 établissements.
«C’est très important en termes de gouvernance. La polydisciplinaire avait un seul doyen portant un seul projet de développement pour l’ensemble des disciplines, ce qui pouvait mener à des blocages, car il arrivait difficilement à convaincre tout le monde. Désormais, nous aurons cinq projets de développement destinés aux cinq champs disciplinaires», souligne le président de l’UCA, Belaïd Bougadir. La scission de la polydisciplinaire nécessite la mobilisation de cinq doyens, quinze vice-doyens, cinq secrétaires généraux et vingt-cinq services. «Cela permet plus d’homogénéité, ainsi qu’une certaine fluidité dans la gouvernance et dans le management, avec des projets de développement nouveaux. Cela devrait libérer des énergies», insiste le président. Sans compter l’amélioration du taux d’encadrement, à la fois académique et administratif.
Selon Bougadir, la revalorisation, à partir de l’année prochaine, de la rémunération des chefs d’établissement et de département, des vice-doyens et des vice-présidents, devrait également apporter plus de motivation pour une meilleure gouvernance. «Nous sommes arrivés à la limite du volontariat. Après 60 ans, depuis le lancement de la première université publique, nous entamons une nouvelle ère de management», estime le président de l’UCA.


Yassine Zarhloule, président de l’Université Mohammed Premier d’Oujda

■  A Oujda, des établissements inédits

Pour l’Université Mohammed Premier (UMP) d’Oujda, la rentrée est riche en nouveautés, notamment en termes d’ouverture d’établissements:
– Une première faculté des sciences de la société à Berkane: C’est la première faculté du genre à ouvrir ses portes au Maroc cette rentée. Contrairement aux facultés des lettres et sciences humaines classiques, elle se focalise sur 4 spécialités: Anthropologie, philosophie, sociologie et psychologie. «Dans les autres facultés, il n’existe pas de cours ou de formations détaillés sur ces aspects», explique Yassine Zarhloule, président de l’UMP. «Or, le Maroc a besoin de profils spécialisés dans ces domaines permettant de comprendre les évolutions de la société. Quand vous ouvrez un poste en philosophie, par exemple, vous n’en trouvez pas. Chez les grandes entreprises de l’IA aujourd’hui, les plus gros salaires concernent ce genre de profils!» relève-t-il.

– Une première école d’ingénierie mécanique et d’architecture navale à Nador: Cette école d’ingénieurs, qui démarre en ce mois de septembre, est destinée à accompagner le projet royal du port Nador West Med. Elle couvre le design de bateaux, la logistique et tout ce qui a trait à la mer.

– Une école d’ingénieurs en industrie agroalimentaire et biotechnologies à Berkane: L’école est déjà accréditée, mais elle ne commencera son activité que l’année prochaine. Son objectif est de participer à renforcer la souveraineté alimentaire. L’université est en train de préparer les ressources humaines et le budget pour son lancement. Quelque 15 postes ont été réservés au recrutement des enseignants (en biochimie, biotechnologie, agroalimentaire, sciences de la santé…).

– Une faculté des sciences et techniques (FST) à Taourirt: Les inscriptions sont déjà ouvertes pour cette nouvelle faculté. Elle sera dédiée à deux grands axes: informatique, IA & digital, et pétrochimie. «Cet établissement permettra aussi d’accompagner le projet portuaire Nador West Med, surtout en matière de stockage des hydrocarbures et de gaz, ainsi que les projets de Managem, qui est en train d’exploiter le gaz à Talsint», confie Yassine Zarhloule. Le président de l’UMP rappelle qu’il n’existe pas encore d’établissements formant à la pétrochimie au Maroc. Cette spécialité sera proposée à partir de l’année prochaine, tandis que celle sur l’informatique, l’IA & digital sera disponible dès cette rentrée.

– Une faculté d’économie et de gestion à Taourirt: Elle vient renforcer l’offre de formation dans le domaine dans la région de l’Oriental. Une autre FEG est déjà ouverte à Oujda. Ses premières filières concernent l’ingénierie financière, le e-marketing et le digital.

– La faculté polydisciplinaire de Nador divisée en quatre: Elle donne naissance à une faculté des sciences appliquées, une faculté des langues, des lettres et des arts, une faculté d’économie et de gestion, et une des sciences juridiques et politiques.

– Un institut du sport à Oujda: Il sera fonctionnel l’année prochaine. L’institut permettra de valoriser le complexe sportif de l’université à Oujda.

Une école 100% IA

Il y a deux ans, l’Université Mohammed Premier d’Oujda a ouvert la toute première école de l’intelligence artificielle et du digital à l’échelle des universités publiques, l’ENIAD, à Berkane. La première promotion est sortie cette année. Selon le président de l’UMP, 97% des lauréats ont été embauchés dès l’obtention de leurs diplômes. Les 3% restants ont préféré poursuivre leurs études à l’étranger.
Récemment, l’école a remporté le premier prix de la Morocco Academia Cyber Competition (MACC 2026) oragnisée par la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI).


Révision de 50% des filières

Dans un esprit d’amélioration continue, l’UCA a également actualisé la moitié de ses filières. «Les filières sont accréditées pour 5 ans, mais cela ne signifie pas qu’il faut les garder 5 ans. Il est impératif de toujours accompagner l’évolution des connaissances», insiste son président. De nouvelles filières ont également été montées pour répondre à des besoins émergents. L’UCA passe ainsi de 300 à 347 filières. Elle augmente, en outre, le nombre de places dans les masters afin de former plus de cadres supérieurs, et élargit la liste de sujets de recherche proposés dans le cycle doctoral. «Nous avons demandé à toutes les structures de la région quelles étaient les thématiques qu’elles aimeraient voir dans nos recherches doctorales, et nous allons intégrer leurs propositions. L’idée est d’aller vers une recherche à impact, permettant de consacrer notre ancrage territorial», partage Belaïd Bougadir.


Améliorer la qualité de la production scientifique

Au niveau de la recherche scientifique, l’UCA entend continuer à tirer la qualité de ses publications vers le haut. Tous les doctorants sont ainsi tenus de produire des publications dans des revues renommées. Les candidats en sciences humaines et sociales bénéficieront d’un accompagnement particulier pour y arriver. «Nous avons déjà mené une expérience dans ce sens l’année dernière et qui a donné des résultats probants. Nous avons aussi lancé le projet jeunes chercheurs. Tous ceux cumulant moins de 5 ans dans la recherche peuvent ainsi proposer des sujets de recherche que l’université finance, surtout en sciences humaines et sociales, ce qui a impulsé une nouvelle dynamique», confie Belaïd Bougadir. Et d’ajouter: «Ce que nous demandons à nos jeunes, c’est juste la volonté de faire et l’engagement. Pour le reste, nous les accompagnons».
Les jeunes enseignants-chercheurs encore non habilités à diriger des recherches peuvent, en outre, proposer des thématiques de recherche, ce qui les encourage à s’impliquer très tôt dans le domaine.

Ahlam NAZIH

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