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IA: Vers de super-ingénieurs ou des techniciens moins experts?

  • Jumeaux numériques, simulation, laboratoires virtuels… Des applications révolutionnaires pour concevoir, tester et innover
  • Esprit critique, capacités d’analyse… Une expertise humaine plus stratégique

Le développement fulgurant de l’intelligence artificielle ces dernières années et son accessibilité au grand public ont transformé significativement la formation des ingénieurs du Royaume. Mais à l’avenir, les ingénieurs pourront-ils être «augmentés» par la technologie tout en restant scientifiques et profondément experts?
L’élève ingénieur d’aujourd’hui est en effet amené à composer quotidiennement avec l’IA, comprendre ses différents systèmes, valider ses résultats produits et prendre de ce fait des décisions responsables. «Les étudiants d’ingénierie actuels, notamment en informatique, ne se contentent pas d’utiliser l’IA, mais doivent aussi comprendre son fonctionnement et ses limites, tout en étant capables de concevoir des solutions et d’améliorer des systèmes existants à l’aide de ses outils», souligne à ce propos Ikram Chairi, professeure assistante au College of Computing de l’UM6P. Par exemple, là où l’on mesurait uniquement la capacité de l’étudiant à coder, il est aujourd’hui demandé d’évaluer sa capacité à collaborer avec l’intelligence artificielle. «Dans mes évaluations pratiques, il m’arrive de proposer à mes étudiants un code généré par IA et de leur demander de l’analyser, d’identifier ses limites ou, encore, de l’améliorer», ajoute-t-elle.
Cette innovation pédagogique, adoptée par bon nombre des établissements d’ingénierie et naturellement imposée par la révolution IA, ne revient pas à abandonner les méthodes traditionnelles, mais à les «augmenter» et à les rendre sensiblement plus efficaces. «La salle de classe n’est plus seulement un lieu où l’enseignant transmet un ensemble de connaissances aux étudiants, l’information étant aujourd’hui très accessible et pouvant être rapidement illustrée par l’IA», précise Chairi . «En arrivant en cours, l’élève ingénieur s’attend aujourd’hui davantage à un espace d’échange et à un partage d’expériences concrètes de cas d’usage. La classe devient ainsi un lieu où il développe considérablement son esprit critique», complète l’enseignante.

Renforcer l’esprit critique et la capacité d’analyse

Une nouvelle approche qui ne représente en rien une formation allégée. «Au contraire, plus l’IA progresse, plus nous devons renforcer les fondamentaux scientifiques, l’esprit critique et la capacité d’analyse. L’expertise humaine devient encore plus stratégique», explique dans ce sens le directeur général de l’EIGSI Youssef Benelmostafa. «Plus l’IA progresse, plus la formation de l’ingénieur doit être rigoureuse. Dans ce sens, l’UEMF insiste sur les fondamentaux scientifiques, mathématiques, méthodologiques et disciplinaires qui restent indispensables, car, pour votre université, ils sont précisément ce qui permet de ne pas subir la machine. Un étudiant qui ne maîtrise pas les bases ne pourra ni vérifier un résultat produit par l’IA, ni repérer une erreur, ni juger de la pertinence d’une réponse techniquement plausible mais scientifiquement discutable», ajoute le directeur de l’École d’ingénierie digitale et d’intelligence artificielle (EIDIA) de l’Université Euromed de Fès Ahmed El Hilali Alaoui.

La filière Intelligence artificielle & Big Data (IABD) de l’EIGSI Casablanca s’appuie sur un laboratoire dédié nouvellement créé. Ce parcours permet aux étudiants de concevoir des solutions d’IA au sein d’environnements modernes comme le Cloud et l’Edge Computing (Source: EIGSI)

Pratiquer de manière plus souple et plus sûre

Comptant aussi parmi les applications les plus révolutionnaires, les jumeaux numériques permettent de reproduire virtuellement des systèmes industriels complets et de travailler sur leur comportement sans mobiliser immédiatement les infrastructures physiques. «Pour les élèves ingénieurs, cela ouvre un accès beaucoup plus riche à l’expérimentation, au diagnostic, à l’optimisation et à la compréhension systématique», précise sur ce point le directeur de l’Euromed Polytechnic School (EPS) Mohcine Zouak.
Les laboratoires virtuels et la réalité augmentée jouent un rôle comparable. «Ils permettent d’apprendre en situation réelle, de manipuler des environnements complexes, de répéter des gestes ou des procédures, et de développer des compétences pratiques dans des conditions plus souples, plus sûres et souvent plus économiques», conclut Ahmed El Hilali Alaoui.


Innover à une vitesse jamais atteinte auparavant

Ces nouvelles perspectives se matérialisent concrètement par un nombre grandissant d’applications offertes aux élèves ingénieurs, leur permettant de concevoir, de tester et d’innover à une vitesse jamais atteinte auparavant. «Aujourd’hui, un étudiant peut développer un prototype en quelques jours, simuler des scénarios industriels complexes, analyser des volumes massifs de données ou, encore, optimiser des systèmes entiers grâce aux outils d’intelligence artificielle. Nous entrons dans une nouvelle génération d’ingénierie où l’innovation devient plus rapide, plus collaborative et plus accessible», révèle Youssef Benelmostafa. «Par exemple, à l’EIGSI, nos étudiants sont désormais capables de livrer, en quelques semaines seulement, des applications professionnelles pour des partenaires industriels. Ce type de réalisation demandait autrefois des mois, voire des années de travail», renchérit le directeur.
L’autre des évolutions les plus marquantes réside dans les possibilités de simulation et de prototypage avancées offertes par l’IA. «Dans le domaine médical, certains outils permettent aux étudiants d’expérimenter en toute sécurité, de s’entraîner à la prise de décision et même de visualiser des phénomènes invisibles à l’œil nu», conclut Ikram Chairi.

Karim AGOUMI

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