Parcours ingénieurs: Une parité quasi parfaite
- La moitié des effectifs est formée de femmes
- Le Maroc fait mieux que plusieurs pays européens sur la féminisation des écoles d’ingénieurs
Alors que dans de nombreux pays les filières d’ingénierie restent largement masculines, le Maroc affiche une situation bien différente. En 2024, la moitié des effectifs des parcours ingénieur dans le pays (voir illustration), tous secteurs confondus, étaient des femmes.

Un chiffre supérieur à la moyenne mondiale et parmi les plus élevés dans le monde arabe. À titre de comparaison, plusieurs pays européens peinent encore à dépasser les 25 à 30% dans leurs écoles d’ingénieurs.
Ihssane Karrouche, étudiante en deuxième année à l’Ensa El Jadida en Ingénierie des Systèmes d’information et de communication, explique: «En classe préparatoire, j’avais avec moi beaucoup de camarades hommes, mais depuis mon entrée à l’école je vois l’inverse». Dans sa classe, les femmes sont légèrement majoritaires: «Sur 38 étudiants, nous sommes 20 femmes».
Une spécificité maghrébine
La forte représentation des femmes dans les études d’ingénierie semble être une caractéristique plus large du Maghreb. Selon l’Unesco, les pays affichant les plus fortes proportions de femmes diplômées en ingénierie se situent dans la région MENA, notamment en Algérie, en Tunisie et au Maroc. Une situation qui surprend parfois à l’international. Abdelouahed Hajjaji, directeur de l’Ensa El Jadida, raconte avoir été interpellé lors d’un déplacement en Belgique: «Ils étaient contents d’avoir deux ou trois filles dans leurs promotions. Quand je leur ai donné nos statistiques, ils m’ont demandé quelle était notre recette».
Si les stéréotypes n’ont pas totalement disparu, les écoles marocaines observent aujourd’hui une normalisation progressive de la présence féminine dans les filières scientifiques. «Je ne constate pas de différence entre les filles et les garçons à l’école. Ils suivent les mêmes cursus et ont les mêmes objectifs», affirme le directeur de l’école.
Informatique, cybersécurité, génie civil…
Les spécialités qui séduisent les étudiantes
Certaines spécialités connaissent une féminisation particulièrement marquée. Longtemps concentrées dans la santé, l’éducation ou l’administration, les étudiantes marocaines s’orientent de plus en plus vers les métiers liés aux technologies et à l’industrie. Les écoles interrogées observent une forte présence des étudiantes dans les filières liées à l’informatique, à la data, ou encore à la cybersécurité.
À l’Esith, les femmes s’orientent massivement vers les formations en génie industriel, qualité, supply chain, chimie ou data. Des spécialités souvent associées à des secteurs en forte croissance, et à une insertion professionnelle rapide. L’école affirme d’ailleurs atteindre près de 90% d’insertion à la sortie, sans différence notable entre hommes et femmes.
Du côté de l’Ensa El Jadida, Abdelouahed Hajjaji souligne que les étudiantes investissent aussi des domaines historiquement plus masculins comme le génie civil ou le génie électrique. «Les filières avec du travail de terrain ou des chantiers attirent aussi les filles», explique-t-il.
Diplômées mais moins présentes sur le marché du travail
La progression des femmes dans les études supérieures et les écoles d’ingénieurs ne se traduit toujours pas par une insertion professionnelle équivalente à celle des hommes. Au Maroc, les diplômées restent davantage exposées au chômage et à l’inactivité.
Selon un rapport de l’Observatoire francophone pour le développement inclusif par le genre, le taux d’emploi des diplômés du supérieur a reculé ces dix dernières années, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Mais ces dernières restent plus pénalisées sur le marché du travail.
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) souligne que l’accès aux études supérieures améliore les chances des femmes d’exercer une activité professionnelle. Malgré cela, leur niveau d’activité demeure très inférieur à celui des hommes. Plusieurs facteurs sont avancés: poids des rôles sociaux, responsabilités domestiques, manque de flexibilité du marché de l’emploi ou encore des difficultés à concilier vie professionnelle et familiale.
Malgré ces difficultés, l’enseignement supérieur reste considéré comme un puissant levier d’émancipation. Les femmes diplômées participent davantage au marché du travail, accèdent à de meilleures conditions d’emploi et contribuent de plus en plus aux revenus des ménages.
Plus nombreuses à l’école
Selon les dernières données du ministère de l’Enseignement supérieur, les femmes représentaient plus de 56% des inscrits à l’université en 2024-2025, avec une présence encore plus forte dans les établissements à accès sélectif, où elles atteignaient 62,2%. Ces établissements regroupent notamment les sciences et techniques, la médecine, le commerce & gestion, la technologie ou encore les sciences de l’ingénieur.
Parmi les diplômés, elles comptaient pour presque 61% du total en 2023-2024, et 61,7% dans l’accès sélectif. À l’Ensa El Jadida, les femmes représentent entre 55% et 60% des inscrits selon la direction de l’établissement. «La majorité des majors de promotions sont des femmes», remarque Abdelouahed Hajjaji, directeur de l’école.
Même constat à l’Esith. «Cela fait plus de dix ans que les femmes représentent environ 60% des étudiants», souligne Farhate Abderrahmane, directeur.
Léna Jauze (Journaliste stagiaire)
Certaines spécialités connaissent une féminisation particulièrement marquée. Longtemps concentrées dans la santé, l’éducation ou l’administration, les étudiantes marocaines s’orientent de plus en plus vers les métiers liés aux technologies et à l’industrie. Les écoles interrogées observent une forte présence des étudiantes dans les filières liées à l’informatique, à la data, ou encore à la cybersécurité.



