A quoi ressemblera l’ingénieur de demain
- Il combinera la puissance du numérique et l’intelligence humaine…
- … A condition d’intégrer pleinement l’IA dans la formation
L’explosion de l’IA pourrait impacter profondément le profil des ingénieurs au cours de ces prochaines années. Une évolution technologique susceptible de rendre les futurs praticiens du domaine autrement plus efficaces, à condition de ne pas tomber dans les travers de la dépendance excessive.

Le profil du futur ingénieur deviendra ainsi progressivement «augmenté», rehaussant sensiblement sa qualité. «La nouvelle génération d’étudiants se montre sensiblement plus rapide dans l’exécution, plus exposée à des problématiques complexes et plus ouverte à l’innovation», souligne à ce propos le DG de l’EIGSI, Youssef Benelmostafa. «Le futur ingénieur sera un ingénieur augmenté, capable de combiner intelligence humaine et puissance des outils numériques. Il ne sera pas seulement technique, mais également agile, créatif, communicatif et multidisciplinaire», renchérit le responsable.
L’amélioration du profil ne provient pas uniquement de la maîtrise d’outils puissants, mais de la manière dont ces mêmes outils obligent à élever le niveau de compétence. «L’ingénieur de demain devra être capable d’interroger les résultats produits par les systèmes intelligents, d’en comprendre les limites, d’en repérer les biais, d’identifier les angles morts et de maintenir une autonomie de jugement», précise le directeur de l’École d’ingénierie digitale et d’intelligence artificielle (EIDIA) de l’Université Euromed de Fès Ahmed El Hilali Alaoui. L’ingénieur de demain développera par ailleurs de nouvelles compétences hybrides liées à l’usage de l’IA, parmi lesquelles l’ingénierie de prompt, qui consiste à tester et concevoir des instructions (prompts) destinées aux intelligences artificielles génératrices, l’analyse critique des résultats générés ou, encore, la capacité à intégrer intelligemment ces technologies dans son domaine d’expertise. «Il devra également être dans la capacité de comprendre les limites des systèmes d’IA, de valider leurs résultats et d’identifier les risques liés à leur utilisation», souligne Ikram Chairi, professeure assistante au College of Computing de l’UM6P.

Compétences créatives, interdisciplinaires et éthiques
Le futur ingénieur développera également des compétences créatives et interdisciplinaires. «L’IA peut soutenir l’exploration, mais elle ne dispense jamais d’imaginer, de problématiser et de relier plusieurs univers de savoir», confie à ce sujet Alaoui. «A cela s’ajoutent des compétences éthiques, juridiques et sociétales: compréhension des enjeux de transparence, de protection des données, d’équité et de responsabilité», complète-t-il.
Pour pouvoir y parvenir, l’IA devra être pleinement intégrée dans la formation des élèves ingénieurs. Ainsi, dans le domaine de l’informatique, et plus largement dans les métiers de la tech, les ingénieurs sont aujourd’hui poussés à développer une compréhension solide du fonctionnement des modèles d’IA. «Les bases mathématiques, l’algorithmique et la capacité à comprendre les limites de ces systèmes deviennent des atouts cruciaux. La qualité et la valeur du profil dépendront donc de cette capacité», explique Chairi.
Dans d’autres domaines de l’ingénierie, l’IA intervient plutôt comme un outil d’assistance, d’optimisation ou d’aide à la décision. «L’expertise métier demeure centrale, mais les ingénieurs doivent désormais être capables d’intégrer les outils de l’IA dans leurs pratiques», ajoute la professeure assistante.
Gare à la dépendance excessive
L’intelligence artificielle ne doit pas être utilisée par l’élève ingénieur comme un substitut à la réflexion. «Le risque existe effectivement de voir certains étudiants perdre en autonomie intellectuelle s’ils utilisent l’IA sans recul critique. C’est pourquoi les écoles doivent adapter leurs méthodes pédagogiques: davantage de projets, de mise en situation, d’expérimentation et d’évaluation de la compréhension réelle», confie à ce sujet le directeur général de l’EIGSI, Youssef Benelmostafa. L’IA peut aussi créer une dépendance excessive susceptible d’affaiblir certaines compétences fondamentales, telles que la résolution de problèmes, le raisonnement ou, encore, la capacité à concevoir de manière autonome.
Les qualités humaines revêtiront une importance cruciale
Au-delà des compétences techniques, les qualités humaines revêtiront par ailleurs une importance cruciale. «La créativité, l’adaptabilité, la communication et la collaboration deviendront essentielles dans des environnements où les humains et les systèmes d’IA travailleront ensemble», confie Ikram Chairi, professeure assistante au College of Computing de l’UM6P.
Karim AGOUMI




