Formation en sciences de la santé: Montée en régime pour absorber les déficits
- Quatre nouvelles facultés publiques de médecine en l’espace de quelques années
- Les places pédagogiques en médecine augmentent de plus de 140% entre 2019 et 2025
- Les projets hospitaliers aussi s’enchaînent
Le déficit en ressources humaines du secteur de la santé est chronique et appelle à une montée en cadence urgente dans la formation de compétences.

En 2022, le gouvernement avait annoncé son plan de bataille, avec un objectif affiché de doubler les effectifs des étudiants en 1re année en l’espace de trois ans, de recruter 3.500 enseignants d’ici 2030 et d’ouvrir de nouvelles facultés de médecine, pharmacie et dentaire. D’ailleurs, depuis, de nouvelles facultés et instituts ont été créés et l’offre de formation a été élargie.
Ainsi, le nombre de places pédagogiques destinées aux médecins est passé de 2.650 en 2019 à 6.414 en 2025, soit une hausse de 142%. De même, la capacité d’accueil des Instituts supérieurs des professions infirmières et techniques de santé a atteint 9.500 places à partir de 2024, contre 2.735 en 2019. Cette dynamique a été accompagnée par l’ouverture de quatre nouvelles facultés de médecine, à Guelmim, Béni Mellal, Drâa-Tafilalet et Laâyoune, qui forment déjà des médecins, dont les premières promotions seront diplômées entre 2026 et 2028.
Le nombre de professionnels de santé est passé d’environ 45.000 en 2019 à plus de 59.000 en 2025 (+30%). Les effectifs infirmiers et techniciens de santé ont progressé de 29% (de 27.000 à 35.000), tandis que les cadres administratifs et techniques ont augmenté de 62% durant la même période.
2,05 professionnels de santé pour 1.000 habitants
Lors d’un passage au Parlement, le ministre de la Santé, Amine Tehraoui, a précisé qu’en 2025 l’on a atteint un ratio de 2,05 professionnels de santé pour 1.000 habitants, contre 1,75 en 2020.
Concernant le renforcement des infrastructures de santé, de nombreuses réalisations ont été accomplies. Toutefois, selon le ministre, ces avancées, même importantes, restent insuffisantes pour combler les déficits du secteur, en particulier dans certaines provinces et régions.
Le ministère œuvre ainsi à accélérer le rythme de construction et de mise à niveau des hôpitaux et des centres de santé à travers l’ensemble des régions du Royaume.
Ces projets hospitaliers devront garantir plus de 3.500 nouveaux lits dans les différentes régions du Royaume. Il s’agit du CHU Mohammed VI de Tanger, avec une capacité de 797 lits, du CHU d’Agadir (867 lits), du CHU de Laâyoune (500 lits), du nouveau CHU Ibn Sina de Rabat avec une capacité prévue de 1.044 lits, outre des projets de centres hospitaliers universitaires dans les régions de Guelmim, Tafilalet et Béni Mellal.
Former davantage, mais autrement!
Oui à la formation donc, mais autrement! Cela, en modernisant l’apprentissage pour le rendre plus adapté aux réalités actuelles, selon le doyen. Pour lui, au-delà de l’impératif de former davantage, il s’agit de procéder de manière différente, avec plus de pratique, de simulation, de liens avec l’hôpital, de culture scientifique, et une meilleure préparation aux réalités contemporaines de la santé, qu’il s’agisse de santé publique, de médecine de précision, de numérique ou d’intelligence artificielle appliquée au médical. «C’est précisément sur cette évolution de modèle que le Maroc peut franchir une étape décisive», estime Rachid El Fatimy, doyen de la Faculté des sciences médicales (FMS) de l’UM6P.
Des avancées et aussi des défis
La formation en médecine et en sciences de la santé a connu certes des avancées majeures. Toutefois, elle reste confrontée à des défis structurels. Pour l’UM6P, la formation dans le domaine doit changer d’échelle. Et ce, sur plusieurs plans: Capacité de formation, exposition clinique, qualité des environnements d’apprentissage, simulation, interprofessionnalité, articulation entre formation, recherche et innovation… «La question des ressources humaines en santé reste centrale, avec une répartition territoriale encore inégale des médecins, des infirmiers et des personnels techniques, et un besoin continu de renforcement des capacités de formation», relève le doyen de la Faculté des sciences médicales (FMS) de l’UM6P, Rachid El Fatimy.
Un avis partagé par Chakib Nejjari, vice-président en charge du pôle santé de l’Université Euromed de Fès. «La formation en médecine et en sciences de la santé au Maroc a connu une évolution notable ces dernières années», note ce professionnel. Et d’ajouter, «les établissements de formation ont ainsi entrepris des efforts importants pour moderniser leurs curricula, intégrer davantage d’approches centrées sur les compétences, et introduire des outils pédagogiques innovants, notamment la simulation médicale, les plateformes numériques et les méthodes d’apprentissage interactives». Cependant, des défis structurels persistent, insiste Chakib Nejjari. Ils concernent notamment le ratio étudiants/encadrants, l’accès aux terrains de stage et aux structures hospitalières, la nécessité d’adapter en continu les programmes aux avancées scientifiques et technologiques et aux besoins évolutifs du système de santé… «À cela s’ajoutent des enjeux liés à la recherche, à l’attractivité des carrières médicales et à la répartition territoriale des professionnels de santé», explique-t-il.
Dans ce contexte, poursuit-il, la mobilisation de l’ensemble des acteurs de l’écosystème de l’enseignement et de la santé constitue une opportunité majeure.
Khadija SKALLI
Oui à la formation donc, mais autrement! Cela, en modernisant l’apprentissage pour le rendre plus adapté aux réalités actuelles, selon le doyen. Pour lui, au-delà de l’impératif de former davantage, il s’agit de procéder de manière différente, avec plus de pratique, de simulation, de liens avec l’hôpital, de culture scientifique, et une meilleure préparation aux réalités contemporaines de la santé, qu’il s’agisse de santé publique, de médecine de précision, de numérique ou d’intelligence artificielle appliquée au médical. «C’est précisément sur cette évolution de modèle que le Maroc peut franchir une étape décisive», estime Rachid El Fatimy, doyen de la Faculté des sciences médicales (FMS) de l’UM6P.



