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Stage non rémunéré ou esclavage ? Le grand malaise des étudiants en entreprise

Les stages sont censés être une passerelle entre la théorie universitaire et le monde professionnel. Mais pour des milliers d’étudiants marocains, cette étape se transforme souvent en une expérience frustrante, voire humiliante. Derrière le discours institutionnel sur « l’insertion professionnelle » se cache une réalité bien plus complexe : des stagiaires non rémunérés, affectés à des tâches sans lien avec leur formation et rarement accompagnés par un tuteur qualifié.

Selon une étude du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS)publiée en 2024, près de 67 % des étudiants marocains effectuent au moins un stage non rémunéré durant leur cursus. Parmi eux, un sur trois déclare que ce stage n’a eu « aucune valeur ajoutée » pour son apprentissage ou son employabilité.
Le phénomène touche particulièrement les secteurs du marketing, de la communication et du commerce, où l’offre de stages explose mais reste souvent informelle. D’après les données du ministère de l’Enseignement supérieur, à peine 15 % des entreprises marocaines disposant d’un service RH encadrent leurs stagiaires selon un protocole officiel.

Le Maroc ne dispose paas encore d’une loi spécifique régissant le statut des stagiaires. Le Code du travail n’inclut pas la notion de « stagiaire en formation » et laisse ainsi un vide juridique exploité par de nombreuses entreprises.
En pratique, le stage relève d’une simple convention entre l’école et l’entreprise, sans obligation légale de rémunération ni de couverture sociale. Résultat : les étudiants se retrouvent dans une zone grise, sans statut clair, ni salarié, ni apprenant protégé.

En 2023, le ministère de l’Inclusion économique et de l’emploi avait annoncé une réflexion autour d’un « cadre réglementaire des stages en milieu professionnel », mais aucune avancée concrète n’a encore vu le jour. Ce retard place le Maroc loin derrière la France ou la Tunisie, où la gratification minimale est déjà encadrée par la loi.

Les écoles exigent souvent un stage pour valider le diplôme, mais ne garantissent ni qualité pédagogique ni accompagnement. Beaucoup d’entreprises en profitent pour confier aux stagiaires des missions entières gestion des réseaux sociaux, prospection commerciale, rédaction de rapports sans contrepartie financière.
Certains étudiants parlent d’horaires à rallonge, d’absence de suivi et d’une pression équivalente à celle d’un salarié. Si ces situations ne sont pas illégales, elles interrogent sur la frontière entre apprentissage et travail dissimulé.

Une réforme attendue

Face à la montée du mécontentement, plusieurs associations étudiantes et syndicats universitaires demandent une charte nationale du stage. Celle-ci devrait définir un cadre précis : durée maximale, encadrement obligatoire, gratification minimale et reconnaissance de l’expérience dans les processus de recrutement.
Des discussions sont également en cours avec la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc), qui envisage d’inciter les entreprises à adopter un label « Stage de qualité », gage de respect des normes éthiques et formatives.

Les stages sont un passage obligé mais leur encadrement reste le parent pauvre de la politique d’éducation au Maroc. Tant que les institutions ne mettront pas en place un cadre clair et contraignant, les étudiants continueront de subir un déséquilibre flagrant entre ce qu’ils donnent et ce qu’ils reçoivent.
À l’heure où l’emploi des jeunes est un défi national, il est urgent de replacer la valeur pédagogique du stage au cœur du système, plutôt que d’en faire un simple réservoir de main-d’œuvre gratuite.

Brahim RAJI

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