Université: Trop de soft skills?

- Révision des normes pédagogiques pour réduire leur part en licence et master
- Des réunions des réseaux d’établissements déjà tenues pour préparer le projet
- L’abandon de l’obligation de valider les modules de langues à l’étude
Le nouveau cahier de normes pédagogiques nationales (CNPN) du cycle licence est de mise depuis la rentrée universitaire 2023-2024. Celui du master est en vigueur depuis la rentrée de 2024-2025, c’est-à-dire depuis quelques mois seulement. Les deux documents avaient l’objet de réunions et de consultations élargies.

Pourtant, le ministère de l’Enseignement supérieur prévoit de réviser les deux CNPN, pour apporter des «réajustements». La nouvelle équipe ministérielle semble avoir des divergences de point de vue par rapport aux versions adoptées par les anciens locataires du ministère.
Selon nos sources, des réunions des réseaux d’établissements universitaires ont déjà été organisées. Parmi les orientations prises, et qui devront être validées par la suite (voir encadré), la diminution de la part des soft skills dans les programmes de licence et de master. Ainsi, il y en aurait trop… Ce reproche avait également été formulé contre le projet du bachelor porté par l’ancien ministre, Saaïd Amzazi, et qui avait été enterré par son successeur, Abdellatif Miraoui. L’idée est de renforcer les modules disciplinaires. L’obligation de valider les modules de langues au semestre 6 pour obtenir le diplôme (également défendue par Amzazi) serait aussi abandonnée. Ces modules pourraient ainsi être compensés par d’autres, dans le cadre du système de crédits ECTS (European Credits Transfer System). En outre, la plateforme d’apprentissage des langues, Roseta stone, mise à disposition par le ministère, ne serait plus généralisée à toutes les universités. Chacune pourrait donc s’abonner à la plateforme de son choix.
Du nouveau pour les centres d’excellence
Les centres d’excellence, ou «Tamayouz Centers», et qui font partie des projets phares du mandat de l’ancien ministre, Abdellatif Miraoui, seraient pour leur part gardés. Placés à l’intérieur des facultés à accès ouvert, leur objectif était d’améliorer l’attractivité de ces établissements, et d’offrir une deuxième chance à leurs étudiants d’intégrer des parcours d’excellence. Près de 63 centres avaient ouvert leurs portes en septembre 2023, avec une offre de 113 filières, toutes disciplines confondues, pour 18.370 places pédagogiques. Néanmoins, les conditions d’accès à ces centres pourraient être revues. Par ailleurs, si l’ancienne équipe avait privilégié un passage automatique de la licence au master au niveau de ces centres, aujourd’hui cette mesure est remise en question.
La possibilité d’un concours d’accès au master est envisagée. Enfin, les départements des enseignements transversaux ne seraient plus obligatoires dans tous les établissements.
Réaccréditation des filières de formation
Les nouvelles orientations devront faire l’objet d’une réunion de restitution à la Conférence des présidents d’université (CPU), avant d’être par la suite validées par la Commission nationale de coordination de l’enseignement supérieur (Cnaces). Cette dernière devrait se réunir durant le mois de mars prochain. Si les nouvelles mesures sont actées, les établissements universitaires devront déposer de nouvelles demandes d’accréditation de leurs filières, afin de se conformer aux nouveaux cahiers de normes pédagogiques.
Le «dossier chaud» du secteur
C’est un «gros morceau» selon des sources universitaires. La réforme de la loi 10-00 régissant le secteur de l’enseignement supérieur est l’un des chantiers sur lesquels le nouveau ministre Azzedine El Midaoui est le plus attendu. Le projet est en «gestation» depuis au moins une dizaine d’année. Initié par l’ancien ministre, Lahcen Daoudi (2012-2016), il a été repris par ses successeurs, Saaïd Amzazi (2018-2021) et Abdellatif Miraoui (2021-2024), mais sans jamais dépasser le cap du SGG. C’est à se demander ce qui cloche avec ce projet de texte, selon certains observateurs. La loi 01-00 date de 2000. Elle n’a donc pas été revue depuis 25 ans, alors que le secteur a connu de profondes reconfigurations, notamment avec l’arrivée de nouveaux types d’opérateurs (universités privées et celles du «tiers secteur»), l’équivalence des diplômes du privé, le e-learning, la nouvelle dynamique de la recherche scientifique et la multiplication des appels à projets, un nouveau statut pour les enseignants chercheurs…
Ahlam NAZIH